‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 40 sur 112 · La fin de l'alinéa a été rajoutée en marge par Brantôme · texte numérisé non relu

La fin de l'alinéa a été rajoutée en marge par Brantôme

3. Cette anecdote est tirée du livre XXXIII de Paul Jovc, qui appelle l'héroïne Julia et non Livia.

mière fois^ avecq' une grande sollempnelle pompe (comme il est escript) ayant passé par le Far de Messine et costoië la Callabre, et y faict de grands ravages, et vers Naples, fist entreprise sur la ville de Fondy, et arriva de nuict, et si à propos et si à l'improviste qu'ayant mis deux mille Turcz en terre, prindrent la ville d'assaut et d'escalade , donnèrent au chasteau où estoit ladite Lyvia Gonzagua endormie et couchée en son lict : laquelle, oyant l'alarme, fut tellement surprise, qu'elle se leva en sursault, et tout le loysir qu'elle eust ce fut se jetter en chemise par une fenestre, et se sauver par les montaignes, si à propos que les Tm^cs entraînent en sa chambre ainsin qu'elle n'estoit que quasi sortie. On dist que Barberousse en vouloit faire un présent au Grand-Seigneur, et que ladicte entreprise ne fut faitte que pour cella; et quand il sceut qu'elle avoit estée faillie, il s'en cuida désespérer; mais le malheur de la dame fut que, tumbant de Sille en Caribde, vint à tumber en se sauvant parmy des bandolliers et fortuscys* du royaume; laquelle fut recongneue d'aucuns, et d'autres non. Je vous laisse donq à penser si ung bon et friant bouccon, tumbé entre les mains et puissance de ces affamés, ne fut pas gousté et tasté à bon escient, ainsin que plusieurs n'en doublent point, d'autres si. Mais, quelque serment et exécration qu'elle peust fayre, n'en peut estre crue; car voUontiers une si belle et bonne viande ne sçauroit eschapper impolue de telles gens. Les plus clers-voyans, et qui s'entendent en ces cho-

i. Fortuscis pour foruscis, proscrits; de l'italien foruscili.

ses^ et qui en ont tasté, m'en sçauroyent bien que dire, et qu'aucuns du pays le disent.

Par ainsin, voylà comme et hommes et femmes se dampnent aisément par leur serments ; mesmes ' que les plus belles reynes et princesses^ quant elles tomberoyent en telz liazards, ne seroyent espargnëes non plus que les autres, puysqu'une grand' beauté ne porte aucune règle ny sauvegarde aveq soy, qu'elle ne soyt partout de pryse, et que l'amour en cela n'use de son droit et autliorité sans aucun respect. Au partyr de là, sont quites à dyre et jurer que leur grandeur a fait perdre l'hardiesse à ceux qui l'ont voulu entreprendre ; et Dieu sçayt 1

Il en arriva de mesmes à la reyne de Scicile Constance, laquelle trajetant de Barlete à Salerne, tomba entre les mains de quelques corsayres et brigans qui luy firent de grands outrages, dit l'Hystoyre de Naples*. Pensez qu'ilz la repassèrent sous le ventre, et partout, comme on dit; car à telles gens tous c... sont c..., mesmes quant ilz sont royaux, voyre à tout le monde ; car ce sont viandes royales et trèsexquises, autant pour les friands que pour les sobres, bien que ceste reyne ne fust des belles ny des jeunes.

Je sçay une grand' dame et ung gentilhomme qui s'estoient mariez et couchez ensemble, ce disoit-on.

1. Tout ce qui suit jusqu'à la fin de l'alinéa a e'te' rajouté en marge par Brantôme.

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