‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 46 sur 112 · Ce membre de phrase a été rajouté en marge par Brantôme · texte numérisé non relu

Ce membre de phrase a été rajouté en marge par Brantôme

5. Le manuscrit ajoutait les mots img peu qui ont été biffés.

une fine Bretonne, comme j'ay clict, et qui estoit fort superbe et altière à l'endroict de ses esgaux; de sorte qu'il fallust à madame de Bourbon caller et laisser à la reyne sa belle-sœur tenir son lang, et maintenir sa grandeur et majesté, comme estoit de raison : ce qui luy debvoit fort fascher; car, estant régente, elle lenoit terriblement sa grandeur.

J'ay veu forces lettres d'elle' en nostre maison, du temps qu'elle estoit en sa grandeur ; mais je n'en ay veu jamais de noz roys, et si en ay veu beaucoup, parler et escrire si bravement et impérieusement comme elle faisoit, tant envers les plus grands que les plus pelilz; et jamais ne signoit qu'^/z/ze de France^ ; quelques foys metoyt Anne symplement : mays le plus beau nom d'une fille de France est de mètre tousjours ce beau surnom de France^ ainsin que je tiens d'un grand qui le conseilla à madame de Savoye^, estant jeune fille, de signer ainsin; ce qu'elle faysoyt, car j'en ay veu d'elle force letres : et si ceste Anne ne metoyt que peu souvant vostre^ ce qui n'apartient qu'aux roys et à quelques grands souverains et reynes et souveraines. Et encor' que tout à plain elle ne se meslast des affaires comme elle avoit faict, si vouloit-elle mettre le nez partout où elle pouvoit. Certes, c'estoit une maistresse femme, ung petit pourtant brouillonne ; car si M. d'Orléans ne fust esté pris, et que la fortune ne luy heust dict

\ . Ce qui suit jusqu'à ce qui ri apartient «i été rajouté en marge par Brantôme, et l'additioa a remplacé ces mots : sans mettre nullement vostre.

- 2. Marguerite, fille de François I"', duchesse de Savoie,

mal, elle avoit mis la l'rance clesjà en grand bransle, el tout pom^ son ambition; que tant qu'elle a vescu n'a jamais peu la bannir de son ame^ encor' qu'elle fût en sa maison retirée, où elle faisoit semblant pourtant de s'i plaire et faire valloir sa court, qui estoit tousjours très-belle et grande, comme disoit ma grand'mère, et estant toujours accompaignée de grand' quantité de dames et de filles qu'elle nourrissoit fort vertueusement et sagement. Il y en hcust une pourtant des siennes qui luy eschappa ung jour de faire la follie aux garçons, comme telle espèce de sexe y est subject^ et la garde en est trèsmalaisée, tant estroitte soit-elle. Elle le sceut, et luy demanda pourquoy elle avoit tumbé en une si lourde et infâme faute, bien que la bonne dame ne fust exempte d'amour *. Geste fille ainsin criminelle lui respondist que l'autre luy avoit faict par force. Elle luy fist la comparaison d'une espée desgainée, qui ne se peut jamais non plus qu'un autre anguaisner, si le fourreau se remue deçà et delà, et ne demeure ferme ; ainsin est-il d'une femme en cella ; et luy en fist monstrer l'expérience de l'espée devant elle et toutes les dames et filles, qu'il luy servist et à elles de leçon^ Elle avoit aussi ung commun dire à la bou-

4, Cette dernière ligne a été ajoutée en marge par Brantôme et elle était suivie de la phrase suivante que Brantôme a biffée : Tesmoing sa .... (mot illisible) famé de chambre, dite Colete , qu'elle fist fort riche pour les bons offices de Dariolette faitz par elle. Dont je sçays une bonne mayson riche pour avoyr estée mariée léans. — Dariolette est une entremetteuse dans l'Amadis (liv. I", chap. i).

2. Cette anecdote est tirée (f° xlix v°) d'un Uvre fort rare in-

che, quand on luy parloit de quelque dame, et qu'on la luy louoit et luy disoit-on que c'estoit une trèssage dame : « Dittes donq , disoit-elle , elle est des « moings folles, et non pas très-sage ; car guières n'y « en a-il ni qui, ou jeune ou en aage mûr, n'ayt « aymé, ou ne soit entrée en tentation ; mais les a unes moins et les autres plus. »

Si a-elle faict de très-belles nourritures, ainsin que je tiens de ma grand'mère; et n'y a guières heu dames et filles de grand' maison de son temps qui n'ayt appris leçon d'elle, estant allors la maison de Bourbon l'une des grandes et splendides de la chrestientë. Aussi c'estoit elle qui la faisoit valoir; car encores qu'elle fust opulante en grands biens et richesses de soy, elle, ayant bien faict sa main en sa régence, y en aporta davantage ; si bien que tout y servoit à faire reluyre ceste maison. Outre qu'elle estoit splendide et magnifique de sa nature, et qu'elle ne vouloit en rien diminuer de sa grandeur première, elle avoit bien aussi de grandes boutez à l'endroict des personnes qu'elle aymoit et prenoit en sa main*. Pour fin, ceste Anne de France a esté fort spirituelle et assez bonne. J'en ay assez dict.

titulé : Les Facéties et motz subtilz (ï aucuns excellens espritz et très nobles seigneurs; en françois et italien. A Lyon, imprimé par Robert Granfoy. Mil \'= lix, in-S", Brantôme a fait à ce petit ouvrage plusiem's autres emprunts que nous signalerons ailleurs.

1. En marge Brantôme a rajouté cette phrase analogue à celle que nous avons donnée plus haut (note 4 de la p. 104) et qu'il a biffée aussi : « Et mesmes à l'endroit de ses famés de chambre jusques à une, dont la mayson qu'ell' a fayt.,.. (mot illisible), fait bien

Madame ^^ ^'"^^^ parler de madame Claude de France, qui Claude de fut très-boniie et très-charitable, et fort douce à tout

France'. Je moiide^ et ne fist jamais desplaisir ny mal à aucun de sa cornet ny de son royaume. Elle fut aussi fort aymée du roy Louys et de la reyne Anne, ses père et mère ; et estoit leur bonne fille et la bien aymée^, comme ilz luy monstrarent bien; car, amprès que le roy fut paisilDle duc de Milan, ilz la firent déclarer et proclamer en sa court de parlement de Paris^ à huis ouvers, duchesse des deux plus belles duchez de la chrestienté, qui estoient Milan et Bretaigne, l'une venant du père et l'autre de la mère. Quelle héritière ! s'il vous plaîst. Ces deux duchez joinctes ensemble eussent bien faict ung beau royaume.

La reyne sa mère la vouloit fort marier à Charles d'Autriche, despuis empereur; et si elle eust vescu cella se fût faict, car elle s'en faisoit accroire quelques fois par dessus le roy son mary, et mesmes pour le mariage de ses filles, desquelles elle vouloit avoir la totalle charge et soucy. Jamais elle ne les appelloit autrement que par leur nom : ma p.Ue Claude et ma fille Renée. Aujourd'huy, il faut donner des seigneuries aux filles des princesses, voyre des dames, pour

aujourduy de la glorieuse et est fort riche. Ce sont les récompenses des bons offices et services segretz que telles bonnes Dariolettes sçavent fayre à leur maistresses cju'elles reçoyvent d'elles, et tant y en ha-t-il au monde, n

\. Claude, fdle de Louis XII et d'Anne de Bretagne, née le 14 octobre 1499 à Romorantin. Mariée le 18 mai loi 4 à François, comte d'Angoulême, elle monta avec lui sur le trône à la mort de son père (151 S), et mourut au château de Blois, le 20 juillet 1324.

les y appellera Et si elle* eust vescii, jamais le roy François ne l'heiist espousée', comme j'ay diet en son discours*; car elle prévoyoit bien le mauvais traitement qu'elle en debvoit recepvoir, d'autant que le roy son mary luy donna la vërolle^, qui kiy advança ses jours. Et madame la régente, sa belle-mère, la rudoyoit fort; mais elle se fortiffîoyt le plus qu'elle pouvoit de son bon esprit ^ et sa douce patience et de grand' sagesse, pour suporter ces rigueurs, ny plus ni moins qu'on list de Marguerite, fille de Raymond, comte de Provence, femme du roy sainct Louys, fort sage et prudente princesse, qui supportoit les rudesses de Blanche, sa belle-mère, qu'elle luy faisoit, par sa prudence, et les vainquoyt par sa patience. Quoy qui soit, ceste vertueuse et sage reyne produisist une très-belle et généreuse lignée au roy son mary : trois filz, François, Henry et Charles; et quatre filles, Louyse, Charlote, Magdalayne et Marguerite.

Elle fut fort aymée aussi du roy son mary, et bien traittée, et de toutte la France, et fort regrettée aprez sa mort, pour ses admirables vertus et bontez.

J'ay leu dans la Chronique d'Anjou^ qu'après sa mort son corps fit miracles, si bien qu'une grand' dame des siennes, estant ung jom^ tourmantée d'une

1. C'est-à-dire pour les appeler par le titre de ces seigncraies.

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