‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 47 sur 112 · Voyez Bourdigné, f° ccii v · texte numérisé non relu

Voyez Bourdigné, f° ccii v

de France*.

fiebvre chaude, et s'estant vouée à elle, soudain elle recouvra sancté.

AFadame Madame Renée, sa sœur, a estée aussi une fort Renée bonne et habille princesse; car elle avoit ung des bons espritz et des subtilz, qui estoit possible. Elle avoit fort estudié ; et l'ay veue fort sçavante discourir fort hautement et gravement de toutes sciences, jusques à l'astrologie et la congnoissance des astres, dont je l'en vis ung jour entretenir la reyne mère, qui, l'oyant ainsin parler, dict que le plus grand philosophe du monde n'en sçauroit mieux parler.

Elle avoit estée promise à l'empereur Charles par le roy François ; car elle demeura fort jeune aprez le roy et reyne ses père et mère ; mais la guerre qui survint interrompist le mariage; et fut donnée à M. le duc de Ferrare, qui l'ay ma fort, et la traitta honnorablement, comme fille de roy. Vray est qu'ilz furent quelque temps ung peu mal ensemble, pour la relligion luthérienne de laquelle il la soubçonnoit. Possible^ que se ressentist des mauvays tours que les papes avoyentfait au roy son père en tant de sortes; elle renya leur puyssance, et se sépara de leur obéyssance, ne pouvant fayre pis, estant famé. Je tiens de bon lieu qu'elle le disoyt souvant. Son mary pourtant, heu esgard à son sang illustre, la respec-

i . Renée de France, fille de Louis XII et d'Anne de Bretagne, née à Blois le 25 octobre 1510, épousa à Paris, le 28 juin 1538, Hercule II d'Esté, duc de Ferraie, fils du duc Alfonse et de Lucrèce Borgia, et mourut à Moutargis le 12 juin IfiTS. Elle était revenue habiter la France après la mort de son mari (1559).

2. Les cinq lignes qui suivent ont été rajoutées en marge par Brantôme.

toit toujours et l'honnoroit fort. Aussi comme la reyne Claude sa sœur, fut-elle très-heureuse en lignée, car elle en produist à son mary la plus belle qui fust, ce crois-je, jamais en Italie, encor' qu'elle fust très-gastée de son corps.

Elle eust M. le duc de Ferrare, qui est aujourd'huy ung des beaux princes d'Ytalie, et des sages et généreux, et feu M. le cardinal d'Est, la bonté, la magnificence et la libéralité du monde, desquelz j'espère parler*; et trois filles, les plus belles qui jamais nasquirent en Italie : madame Anne d'Est, despuis madame de Guise, madame Lucresse, duchesse d'Urbin -, et madame Eléonor, qui mourut sans estre mariée. Les' deux premières portarent le nom de leur grands mères, l'une d'Anne de Bretaigne du costé de la mère, et l'autre, du costé du père, de Lucrèce Borgia, fille du pape Alexandre, de* meurs fort différantes, comme de qualitez, bien que ladite madame Lucrèce fust une gentile princesse hespagnollée, douée de beaucoub de beauté et vertu. (Voyez Guicchiardin^) Madame Léonord porta le nom de la reyne Léonord. Ces troys filles furent très-belles, mays la mère les fist embellir davantage par la belle

Page 1