‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 48 sur 112 · Le ras. porte par erreur deux · texte numérisé non relu

Le ras. porte par erreur deux

5. Si Brantôme s'était mieux souvenu de ce qu'il avait lu dans Guichardin, il n'aurait point ici invoqué son témoignage ; car à propos du mariage de Lucrèce avec Alfonse d'Esté, l'historien s'exprime ainsi : Lucrezia era spuria e coperta di moite infamie. (Liv. V, chap. m.)

lit) DES DAMES.

nourriture qu'elle leur donna, en leur faisant aprendre les sciences et les bonnes lettres, qu'elles aprindrent et retindrent parfaictement, et en faisoient honte aux plus sçavans ; de sorte que, si elles avoient beaux corps, elles avoyent l'ame autant belle. J'en parleray ailleurs. Or, si ceste princesse es toit habille, spirituelle, sage et vertueuse, elle estoit accompaignée d'autant de bontez, qu'elle estendoit si bien sur les subjectz de son mary, que je n'ay veu aucun dans Ferrare qui ne s'en contentast et n'en dist tous les biens du monde ; car ilz se ressentoient surtout de sa charité qu'elle a eu tousjours en grande recommandation, et principalement sur les François : car elle ha eu cela de bon, que jamais elle n'a oublié sa nation ; et, bien qu'elle en fust très-loing, elle l'a tousjours fort aymée. Jamais François, passant par Ferrare, ayant nécessité et s'adressant à elle, n'a party d'aveq' elle qu'elle ne luy donnast une ample aumosne et bon argent pour gaigner son païs et sa maison ; et s'il estoit mallade, et qu'il n'eust peu cheminer, elle le faisoit traitter très songneusement , et puis luy donnoit argent pour se retirer en son païs. J'ay ouy dire à gens qui le sçavent bien, et à une infinité de soldats et gens de guerre qui en avoient faict la bonne preuve, qu'au voyage de M. de Guise en Italie* elle sauva aprez son retour plus de dix mill' âmes de pauvres François, tant de gens de guerre que d'autres, qui fussent mortz de faim et de nécessité sans elle, lesquelz, passans à Ferrare, elle secouroit tous de remèdes et d'argent, à tant qu'il y en

Page 1