‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 55 sur 112 · Gemini, le signe des Gémeaux, — 7. 1515, n, st · texte numérisé non relu

Gemini, le signe des Gémeaux, — 7. 1515, n, st

et la traita, car c'estoyt un caterre*; et puys mourust dans huit jours. Après s'estre résolue à la mort, elle mourut bonne chrestienne et catholieque, contre l'opinion de plusieurs; mais, quand à moy, je puis affirmer, moy estant petit garçon en sa court aveq ma grand'mère et mère, n'en avoir veu faire aucuns actes contraires ; si bien que s'estant retirée en ung monastère de femmes en Angoulmois, aprez la mort du roy son frère, qu'on appelle Tusson% où elle y fit sa quarantayne ' [et] séjour tout ung esté, et y bastit ung beau logis, souvant on l'a veue faire l'office de l'abesse et chanter aveq' les religieuses en leur messes et leur vespres *.

J'ay ouy conter d'elle qu'une de ses filles de chambre qu'elle aymoit fort, estant près de la mort, la voulut veoir mourir: et tant qu'elle fut aux abois et au rommeau' de la mort, elle ne bougea d'auprès d'elle, la regardant si fixement au visage que jamais elle n'en osta le regard jusques aprez sa mort. Aucunes de ses dames plus privées luy demandarent à quoy elle amusoit tant sa veue sur ceste créature trespassante. Elle respondit qu'ayant ouy tant discourir à tant de sçavans docteurs que l'âme et l'esprit sortoyent du corps aussitost ainsin qu'il trespassoit, elle vouloit veoir s'il en sentiroit^ quelque vent ou

i. Caterre, catarrhe. Ici il s'agit d'apoplexie.

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