‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 6 sur 112 · Au naïf, au naturel · texte numérisé non relu

Au naïf, au naturel

rares et aceoustremens, on ne les peut despeindre ny juger, sinon que très-J)elles et très-singulières aussi; mais c'est par foy et créance et présomption, car la veue en est interdite. Grande rigueur pourtant que de ne voir une belle peinture, faicte par un divin ouvrier, qu'à la moitié de sa perfection : mais la modestie est louable; vérécondie' l'ordonne ainsy, qui se loge plus voluntiers parmi les grandes princesses et dames que les autres vulgaires.

Pour apporter quelques exemples à manifester combien la beauté de ceste reyne a esté admirée et tenue pour rare, je me souviens encor, lorsque les ambassadeurs poulonnois vindrent en France, pour annoncer à nostre roy Henry son eslection du royaume de Poulongne , et luy en rendre l'hommage et l'obédience, après qu'ils eurent faict la révérence au roy Charles et à la reyne mère et à leur roy, ils la firent aussi particulièrement, et par divers jours, à Monsieur, au roy et à la reyne de Navarre : mais le jour venu qu'ils la firent à ladicte reyne de Navarre, elle leur parust si belle, si superbement et richement parée et accoustrée, avecques si grande majesté et grâce , que tous demeurarent perdus ^ d'une telle beauté. Et entre autres, il y eut le Lasqui', l'un des principaux de l'ambassade, à qui je vis dire en se retirant, perdu de ceste beauté : « Non, je ne veux « rien plus veoir après telle beauté. Volontiers je « ferois comme font aucuns Turcs, pellerins de la

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