Albert Laski, palatin de Siradie. — De Thon, liv, LVI
« Mecque, où est la sépulture de leur prophète Ma- « hommet, qui demeurent si aises, si esperdus, si « ravis et si transis d'avoir veu une si belle et si suce perbe mosquée, qu'ils ne veulent rien plus voir « après , et se font brusler les yeux par des bassins « d'airins ardans , qu'ils en perdent la veue , tant M subtilement le sçavent-ils faire; disant qu'après « cela rien ne se peut voir de plus beau, ny ne veu- « lent rien plus veoir après. » Ainsy disoit ce Poullonnois de la beauté admirable de ceste princesse. Et certes si les Polonois ont esté ravis de lelle admiration, il y en a eu bien d'autres. J'allègue dom Jouan d'Austrie, lequel (comme j'ay dict cy-devant parlant de luy), passant par France ^ ainsi subtilement comme il fist, estant arrivé à Paris, sçachant que ce soir se faisoit un bal solemnel au Louvre, le vint voir desguisé, plus pour le subject de la reyne de Navarre que pour tout autre. Il eust moyen et loisir de la voir à son aise danser, menée par le roy son frère , comme d'ordinaire il le faisoit ; il la contempla fort, l'admira, et puis l'exalta par dessus les beautez d'Espaigne et d'Italie (deux régions pourtant qui en sont très-fertiles) , et dist ces mots en espaignol : Aunque tal hermosura de reyna sea mas divtna que humana, es mas para perder y damnar los homhres que saharlos; « combien que ceste beauté if de reyne soit plus divine que humaine, elle est « plus pour perdre et damner les hommes que les « sauver, w
Peu de temps après, il la vist ainsi qu'elle alla aux
i. En 1570. Voje/ torne II. p. î27, 128.
baings du Liège'; et luy falut passer à Namur, ce qui fut le comble des souhaits de don Jouan, pour jouir d'une si belle veue ; et alla au devant d'elle en fort grande et superbe magnificence espaignolle, et la receut comme si ce fût esté la reyne Elisabeth , sa sœur, du temps qu'elle vivoit, sa reyne et reyne d'Espaigne. Et, d'autant qu'il avoit esté fort ravy et bien satisfaict de la beauté de son corps, il en fust de mesme de celle de son âme, laquelle j'espère descrire à son lieu. Ce ne fiist pas seulement dom Jouan qui la loua et se pleust en ses louanges, mais tous ces grands et braves capitaines espaignolz, jusques aux soldatz renommez de ces vieilles bandes, qui tous alloient disans parmi eux, en leurs reffrains soldadesques , que la conquistad de tal hermosura valia mas que la de un rejno^ y que bien aventurados serian los soldados que^ por serçirla^ podrian morir sobre su bandera : « que la conqueste d'une telle beauté valoit « plus que celle d'un royaume, et que bien heureux « seroient les soldats qui, pour la servir, pourroient « mourir soubs sa bandière. »
Il ne se faut esbeyr* si telles manières de gens, bien créez et gentilz , trouvoient ceste princesse si belle, que j'ay veu aucuns Turcs qui sont venus en ambassade devers nos roys ses frères , tous barbares qu'ils estoient, se perdre en la contemplant, et dire que la pompe de leur Grand -Seigneur, quand il alloit à sa mosquée, ou marchoit en son
1. Aux bains de Spa, Voy. les Mémoires de Marguerite, année 1577; édit. Jannet, p. 85 et suiv,