‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 65 sur 112 · MADAME MARGUERITE DE FRANCE · texte numérisé non relu

MADAME MARGUERITE DE FRANCE

ha point esté ingrate, luy servant de tout ce qu'elle a peu, et la secourant : car, tant qu'elle a vescu, elle a tousjours persuadé et gaigné M. de Savoye son mary à bien entretenir la pai\ et ne se bander, luy qui estoit Hespaignol pour la vie , contre la France , ainsin qu'il fist despuis aprez qu'elle fust morte, ayant suscité, maintenu et fortifïié sous main M. le mareschal de Bellegarde * à faire ce qu'il fist, et se rebeller contre le roy, et s'impatroniser du marquisat de Salluces (j'en parle ailleurs'). En quoy certes son Altezze heust grand tort, recognoissant si mal les biensfaicts des roys de France ses proches, et, de fraiz, du feu roy Henry IIP, qui luy avoit donné si libérallement Pignerol et Savillan au retour de Poulongne.

Force gens bien advisez croient que si madame de Savoye eust vescu, qu'elle fût morte plustost ou elle eust engardé ce coup, tant elle se sentoit redepvable à la terre de sa naissance. Et j'ay ouy dire à une grand' personne : qu'il pensoit que si madame de Savoye eust vescu, et qu'elle heust veu faire à son filz' la surprise du marquisat de Salluces, qu'il a faicte du temps du defFunct roy, qu'elle l'heust estranglé; mesmes que le feu roy le disoit et le croyoit ainsin : lequel heust si grand despit de ce traict , que le matin que les nouvelles lui en vindrent, pensant faire ses pasques, il les remist et ne les voulut fayre, tant il fut animé, coUéré et superstitieux par apa-

i . Voyez dans le tome V la vie du maréchal de Bellegarde,

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