‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 70 sur 112 · Adextre, adi'oite · texte numérisé non relu

Adextre, adi'oite

2. Ce qui suit jusqu'à sinon quand elle alloit a été ajouté en marge par Brantôme.

MADAME DIANE DE FILiNCE. 143

pas tousjours ainsin ea advant, que bien souvant toute la court s'i amusoit à la veoir ; de sorte qu'on ne sçauroit plus qu'estimer, ou sa bonne tenue ou sa belle grâce. Et tousjours, pour bailler plus beau lustre, estoit fort bien accoustrée d'un fort beau et riche habillement de cheval , sans oublier surtout le chapeau bien garny de plumes, et à la guelfe porté. Ah ! que c'est dommage, quand la viellesse vient à gaster ces beautez et desbaucher telles vertus; car elle a meshuy laissé tout cella, et quitté ces beaux exercices, comme elle a faict la chasse et tous les autres qui luy siézoyent tant, car jamais rien ne luy fut malséant en tous ses gestes et ses mœurs, ainsin que le roy son père, y prenant et peine et plaisir. Pour le bal, pour la danse, elle y estoit fort accomplie, en quelque danse que ce fust, fust qu'elle fust grave ou fût gaye.

Elle chantoit bien, jouoit bien du lue et d'autres instruments ; bref, elle estoit bien fille de père en cella comme elle est en bonté , car elle est fort bonne, et qui ne faict poinct de desplaisir à personne, encore qu'elle aye le cœur haut et grand, et l'âme fort généreuse, sage et fort vertueuse, qui a fort aymé et honnoré messieurs ses maritz.

En premières nopces, elle espousa le duc de Castro, de la case Fernèze, qui fut tué à l'assaut d'Hedin; en secondes , M. de Montmorency , qui pom" le commencement y fist difficulté, pour avoir promis à madamoiselle de Piennes , l'une des filles de la revne , belle et honneste fille; mais apprez, pour obéyr au père, qui, fort irrité, l'en vouleust déshériter, par dispence fust absous de sa parolle première

\kk DES DAMES.

et l'espousa * : dont il ne perdist au change, eneor' que ladite Pienne fust d'une des grandes maisons de France, et des belles, honnestes, vertueuses et sages de la court, et que madame d'Angoulesme aymoit, et l'a aymée tousjours, sans aucune jalouzie des amours passées de son mary et d'elle. Ainsin sçavoit-elle se commander, car elle est fort spirituelle et de bon entendement. Les roys ses frères et Monsieur l'ont fort aymée, et les reynes et duchesses ses sœurs, car elle ne leur faisoit honte nullement, pour estre fort parfaicte en tout.

Le roy Charles l'ayma, parce qu'elle l'accompagnoit en ses chasses et autres exercices joyeux ordinayrement, et qu'elle estoit de bonne et gaye humeur.

Le roy Henry ^ l'aymoit, parce qu'il cognoissoit qu'elle le recherclioit fort et l'aymoit fort. Lorsque la guerre s'esmeust cruelle aprez la mort de M. de Guyse, saichant le roy son frère en nécessité, elle partist de sa maison de l'Isle-Adam en dilligence, non sans courir grande fortune, estant guettée de touttes partz par le chemin, et luy porta cinquante mille escuz qu'elle a voit réservé du sien, et les luy donna, qui vindrent bien à propoz, et croy qu'ilz luy sont deubz encores; dont le roy luy en sceut si bon gré, que s'il eust vescu il l'heust faict grande, pour avoir ainsin esprouvé son bon naturel à son extrême besoing. Aussi despuis sa mort elle n'a heu au cœur de joye, ny profficté, tant elle l'a regretté et regrette, et couve de vengeance, si son pouvoir estoit

i. Vojez tome m, p. 351, :i'6^2. ■ — 2. Henri 111,

pareil à son vouloir, contre ceux qui l'ont tué. Jamais nostre roy d'annuit ne l'a peu accorder, quelque prière à elle faicte, aveq' madame de Montpensier, pour la tenir coupable de la mort du roy son frère, l'aborrant comme la peste, jusques à luy dire injure une fois devant Madame, la sœur du roy, et luy dire qu'elle ny le roy n'avoient nul honneste subject de l'aymer, sinon d'autant qu'elle estoit cause, par ce meurtre du feu roy, qu'ilz tenoient le rang qu'ilz tenoient. Quelle chasse ! Or, j'espère d'en parler ailleurs, par quoy je me tays, pour parler de la dernière fille de France, qui est la petite madame Izabelle de Madame France, fille du feu roy Charles neufviesme, laquelle Isabelle on peut dire avoir esté ung vray miracle de nature en esprit et en grandeur de courage. Au bas aage qu'elle a vescu, n'ayant pas huict ans lorsqu'elle mourust, elle disoit et racontoit des choses incroyables*.

4 . Marie-Elisabeth de France , fille de Charles IX et d'ÉUsabeth d'Autriche, née le 25 octobre 1572, morte le 2 avril 1578.

2. Il y avait ici sur le manuscrit les lignes suivantes que Brantôme a biffées : On luy avoit donné le petit bastard du roy son père, qui est aujourd'huy M. le grand-prieur de France, pour estre nourri aveq'elle , et luy tenir compaignie, pour luy faire passer le temps. Elle dist soudain : « Et quoy ! la reyne ma grand'mère et le roy mon oncle le me donnent-ilz aveq' moy pour ce subject? Je n'en veux point; je sçay bien choisir autre compaignie que la sienne, et ne veux pas qu'il face du compagnon aveq' moy; car il n'y a nulle comparaison de sa mère à la mienne ; mais bien je le prendray et le tiendray prez de moy pour me dire mes grâces, et me servir d'ausmonnier, comme dédié à l'église qu'il est, n En marge , Brantôme avait ajouté quatre lignes; mais il les a biffées de manière à les rendre à peu pr^s illisibles.

vin — 10

146 DES DAiMES.

Geste petite princesse sçavoit bien dire qu^elle estoit des deux plus grandes maisons de la chrestienté, du costé de France et du costé d'Autriche, et si discouroit de ces races aussi jolliment que docteur légiste de France, tant elle avoit estée curieuse de l'aprendre, nommant ses pères, ayeulx, bizayeulx, ancestres, et racontant aucuns de leur plus mémorâbles faictz.

Une fois, elle estant mallade, le roy son oncle * demeura trois jours sans l'aller veoir; au troisiesme, il y alla. Lorsqu'elle le sentist à la porte, elle fist semblant de dormir et se torna de l'autre costé; et, encor' que le roy l'appellast par trois fois, elle fist de la sourde, jusques à ce que madame de Crissé, ma tante et sa gouvernante, la fist tourner vers le roy, envers lequel elle fist de la fi^oide, et ne luy dit pas deux motz : et s'en estant desparty d'aveq' elle, sa gouvernante se courrouceant contre elle, luy demanda pourquoy elle avoit faict ce traict et ceste mine. Elle respondit : « Et quoy ! ma mère, com- « mant me fust-il esté possible de faire cas de luy, « et luy faire bonne chère, que, despuis trois jours « que je suis mallade, il ne m'a pas veue une fois, « non pas seullement envoyé visiter, moy qui suis « sa niepce et fille de son aisné, et qui ne luy fais « point de déshonneur? »

Elle, toute jeune qu'elle estoit, sçavoit aussi bien garder sa grandeur que si elle fust estée plus aagée. Quand quelques-uns l'aloyent veoir en sa chambre et luy fayre la révérance, elle sçavoit aussi gentiment

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