‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 71 sur 112 · Henri III · texte numérisé non relu

Henri III

présenter la main pour la faire baiser comme eust faict la reyne sa mère, et tenir sa gravité dans sa chaire, et s'enqueroit fort de ceux qui estoient serviteurs du roy son père, et qu'il favorisoit autant ; et elle leur en faisoit de mesme, en leur faisant bonne chère, jusques à leur dire que, quand elle seroit plus grande et auroit des moyens, elle leur en despartiroit.

Bref, c'estoit le plus grand cœur et le plus grand esprit qu'on vist jamais en jeune petite créature que celle-là. Que dis-je, jeune petite? Elle faisoit honte aux plus aagées, si bien qu'on disoit qu'elle en avoit trop, et qu'elle ne vivroit pas long- temps; comme de vray elle mqurust n'ayant pas attainct huict ans*. On la pouvoit dire que c'estoit ung beau et bon fruict, advancé et assaizonné avant le temps; aussi ne dura guières. Sur la mort de laquelle aucuns ont doubté et disputé qu'elle avoit esté advancée pour beaucoup de raisons que je ne dis point; mais la plus saine voix de la court ne porte pas cella.

Or, ce m'est assez pour maintenant d'avoir parlé de ces nobles filles de France, ausquelles dès asteure je dis à Dieu, et prendz congé d'elles jusques à la première rencontre, que j'espère en dire encores quelques motz de leurs belles vertus.

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