‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 9 sur 112 · C'est la pièce qui commence ainsi · texte numérisé non relu

C'est la pièce qui commence ainsi

Ce Dieu qui se repaist de nostre sang humain Ayant au dos la trousse et l'arc dedans la main.

Elle est intitulée : Amour Amoureux . A la Roy ne de Nararre,

vres, à l'honneur de ccste belle princesse Marguerite de France, non encor mariée, où a introduict et faict la déesse Vénus demander à son fils, après s'estre bien pourmené icy bas, et veu les daines de la court de France , s'il n'y avoit point apperceu quelque beauté qui surpassast la sienne. « Ouy, dist-il , ma « mère, j'en ay veu une, en qui tout le bonheur du « plus beau ciel se versa dès qu'elle vint en enfance. » Vénus en rougit, et ne Ven voulut croire, ains despescha l'une de ses Charités * pour descendre en terre la recognoistre, et luy en faire après le rapport. Sur ce, vous voyez dans cette élégie une très-belle et riche description des beautez de cette accomplie princesse , soubs le nom et le corps de la belle charité Pasithée. La lecture n'en peut que fort plaire à tout le monde; mais M. de Ronsard, ainsy que me dict un jour une fort honneste et habille dame, demeura là un peu manque et trop court, en ce qu'il devoit feindre Pasithée remonter au ciel, là se descharger de sa commission, et dire à Vénus que son fils n'en avoit tant dict qu'il y en avoit, et puis la faire atrister, despiter de jalousie et se plaindre à Jupiter du tort qu'il avoit d'estre allé former en terre une beauté qui faisoit honte à celles de son ciel, et principallement à la sienne, qu'elle pensoit estre la reyne* de toutes les autres; et que, pour tel despit, ell s'habilla de deuil, et pour un temps elle fit abstinance de ses plaisirs et gentillesses ; car il n'y a rien

Marguerite de France, et fait partie non pas des élégies, mais du Bocage royal. (Voy. l'édit. de Ronsard, 1622, iu-f°, t. I, p. 378.) \. Une des Grâces. — 2. Le ms. porte par erreur rare.

qui plustost despite une belle dame en perfection, quand on luy dict qu'elle a sa pareille, ou qui la surpasse.

Or, notez que si nostre reyne estoit toute belle de soy et de sa nature, elle se sçavoit si bien habiller, et si curieusement et richement accommoder, tant pour le corps que de la teste, que rien n'y restoit pour la rendre en sa plaine perfection.

On donne le los à la reyne Isabel de Bavières, femme au roy Charles sixiesme, d'avoir aporté en France les pompes et les gorgiasetez* pour bien habiller superbement et gorgiasement les dames; mais, à voir dans les vieilles tapisseries de ce temps des maisons de nos roys, où sont pourtraictes les dames ainsy habillées qu'elles estoient pour lors, ce ne sont que toutes grosseries, bifferies^ et drôleries, au prix des belles et superbes façons, coiffures gentilles, inventions et ornemens de nostre reyne, en laquelle toutes les dames de la court et de France se sont si bien mirées, que despuis, paressant parées à sa mode, sentoient mieux leur grandes dames qu'auparavant leurs simples damoiselles, et avec cela cent fois plus agréables et désirables : aussi toutes en doivent cette obligation à nostre reyne Marguerite. Je me souviens (car j'y estois) que, lorsque la reyne, mère du roy, mena ceste reyne sa fille au roy de Navarre son mary*, elle passa à Coignat*, où elle y fist quelque

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