Urbain VI et Clément VII
dîct son nepveu *, mais il estoit son cousin) le duc de Guise.
La reyne Jehanne avoit de grands et puissants princes à tenir son party, tant en France, Provence, que hors. La reyne Marie a eu en divers temps trois divers papes et le roy d'Hespaigne , le duc de Guise, et en Angleterre quelques ducz, seigneurs, gentilzhommes, qui estoient pour elle bandez sourdement et à couvert.
Finablement, la reyne Jehanne fut estranglëe en prison, et mourut de mesme mort qu'elle avoit faict avoir à son mary. La reyne Marie aussi en prison a estée descapitée.
En ce livre puis après y a ung discours, à sçavoir si ung grand a pouvoir de faire exécuter et mourir ung autre grand son pareil ; et, se fondant sur l'empereur Constantin le Grand, lequel condampna à mort Licinius et le fist exécuter, prouve et afferme, par raisons et autres exemples, que cella se peut et se doibt faire. De cela je m'en raporte aux grands jurisconsultes, pour dire que, si l'on veut croire des escripvains mesdisans, les comparaisons de cy-dessus des deux reynes sont vallables; mais aussi, qui voudra croyre les hystoyres poinct menteuses , point fabeuleuses et véritables, on trouverra qu'en vertus, beautez et genrre de mort, elles sont fort pareilles, et qu'on leur a faict grand tort de les avoir faictes ainsin mourir. Par quoy, croyons les bons et sages
4 . Le livre dit : Au roy Philippe et à son oncle le duc de Guise ; mais, comme l'écrit Brantôme, il faut lire : son cousin; car son oncle le duc François était mort en 1562.
La
seconde
reyne
Jehanne ' .
escripvains^ et non les meschantz et bavardz ; car il n'y a rien si dangereux que telles gens. Je m'en raporte à la pauvre Didon, laquelle, et mariée et vefve, fust une princesse très-sage et vertueuse; et vous voyez comme Virgille l'a descripte, quasi envieux de sa vertu et chasteté.
Ainsin les mesdisans détractent de noz deux reynes précédentes ; mais la vérité est tousjours victorieuse de la manterie. Ce n'a pas esté Didon seulle, ny noz deux reynes précédentes aussi, dont l'on a mal parlé, mais d'un million de reynes, princesses et grandes dames, desquelles les langues picquantes ont détracté à faux ; et pour ce , ne faut croire tout ce qu'on dict et escript; mais la pure vérité, qui combat le papier imbécille qui souffre tout. C'est assez, pour ce coup, parlé de ceste reyne Jehanne la première.
Il faut parler maintenant de ceste reyne Jehanne seconde, laquelle, au bout de quelque temps de ceste belle reyne première, succéda au royaume, aprez la mort de son frère Ladislaus, dont j'espère de parler. Aucuns disent qu'elle fut petitte niepce de la reyne Jehanne première. Cella est bien aisé à supputer dans
i. Jeanne II, fille de Charles III (Charles de la Paix) et de Marguerite de Durazzo, née en 1371, succéda (1414) à son frère Ladislas sur le trône de Naples, et mourut le 2 février 1435 en instituant pour son héritier René d'Anjou. Elle était veuve depuis 1406 de Guillaume, duc d'Autriche, quand elle se remaria le 10 août 1415 à Jacques de Bourbon, comte de la Marche. — Cet article est , comme le précédent , tiré en partie , et souvent textuellement , de l'Histoire de Naples de CoUenuccio, traduction de Denys Sauvage, liv. V, f"' 232 V et suiv.
sa généalogie , mise dans YHystojre de Naples ; mais, par ce que cella ne faict rien à mon discours, passe. Tant y a qu'elle fust du noble sang de France ; et, entrant au royaume, elle y demeura paisible en pocession aprez la mort de son frère, pour le grand et beau nombre de gens de guerre qu'il luy avoit laissé, montant, de conte faict, à seize mill' chevaux, tous conduictz par des bons, sages et vaillans cappitaynes.
Elle estoit duchesse de Sterlich * et veufve quand elle s'en alla en Hongrie ; elle emmena ung gentilhomme napolitain , qui s'appelloit Pandolfo Alopo, et le retourna - l'ayant faict de sa main, et nourry et créé son chambellan. Chambellan étoit-il de vray; car il la servoit bien, et ordinayrement en sa chambre jour et nuict, non sans grand' rumeur du peuple sien et des courtisans. Doncq', pour les appaiser, et par l'advis d'aucuns de ses estatz, elle se résolust de se remarier, et espousa Jacques de Narbonne, ce dist l'historien de Naples ^ Messire OUivier de La Marche*, grand seigneur et hystoriograj)he vray, le nomme Jacques de Bourbon, que je croy plus vray, car il estoit de ce temps ; mais, en mariage faisant, fut dict et contracté qu'il ne porteroit poinct tiltre et nom de roy, ains seullement de prince de Tarante, ou duc, ou conte : mais il ne voulut rien porter que son tiltre accoustumé. Sur ce, les cappitaynes