‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 3)Chapitre 96 sur 112 · Marguerite, femme de Michelino Ravignano · texte numérisé non relu

Marguerite, femme de Michelino Ravignano

Si bien joua-elle son jeu, qu'un Jullio Caesare de Capua, qui avoit paradvant offensé la reine, pour faire son accord s'offrist à elle de tuer son mary Jacques. Elle, malicieuse et fine, prist ceste occasion au poil, tant pour se venger de ce Jullio que pour gaigner la bonne grâce de son mary, et pour recouvrer sa liberté première, fist semblant de luy prester l'orreille en ce qu'il songeast bien à son faict et le faire seurement ; et le remist au bout de huict jours.

Elle , en ayant adverty le roy du tout , le fist cacher en son cabinet aveq' d'autres des siens plus fidelles, tous armés : et fini lesdictz huict jours, elle faict venir en sa chambre à cachette ledict Jullio, à qui elle fist discourir assez haut toute sa menée et la façon pour l'exécuter. Ce qu'ayant ouy, Jacques sortist et luy fist trancher la teste publiquement ; ce qui luy donna occasion d'avoir la reyne en bonne opinion et estime d'amityé, et de femme qui portast grande loyauté à son mary : et cosi si pigliano le K'olpi^^ dit le proverbe italien.

Dont , bientost aprez la mist au large , et luy donna liberté d'aller à la mode accoustumée au chasteau, et s'esbattre et gouverner partout à son plaisir. Au moyen de quoy, estant ung jour à un banquet faict à poste, espiant le temps à propos, joua SI bien son jeu, et par le moyen de ses amis et complices se rendist plus forte en Capouane ; et aveq' grand' rumeur du peuple et d'aucuns grands, prindrent, tuarent et saccagearent les officiers fran-

Page 1