‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 4)Chapitre 117 sur 181 · Var. Chère · texte numérisé non relu

Var. Chère

2. Beaulieu- Chastaigner, capitaine de galères et lieutenant du grand prieur François de Lorraine. Brantôme en parle plus d'une fois. « M. de Beaulieu fut mon plus grand amy, Ccstoit le meilleur compaîgnoa et qui disoit le mot de la meilleure grâce. »

3. Dans sa lettre à Charles IX sur la conduite de PÉtat, Catherine de Médicis n'oublie pas : « et l'après souper, deux fois la semaine, tenir la salle de bal, car « j'ai ouy dire au Roy, votre grand père, qu'il falloit deux choses pour vivre « eu repos avecqne les François et qu'ils aimassent leur Roy : les tenir joyeux et « occuper à quelque chose. »

Ha ! la voicy venir : c'est cette verdugale De satin verd obscur ; ce poï't audacieux, Ce beau et doux regard, ces cheveux précieux, Cette joue vermeille à une rose égale.

Quant au parler, Beaulieu, il est si gracieux

Qu'il pourroit dans le ciel enchanter tous les Dieux.

Tu la peux acoster ; mais, puis après confesse

Si je n'ay pas raison, cent et cent fois le jour, Mourir pour telle Dame et en brûler d'amour ; J'enten pour en avoir un jour quelque caresse.

Je ne veux point sçavoir, trop soucieux, Quel but Dieu meit à nostre destinée, Ny en quel temps toute chose soit * née, Ny ce qu'on fait au Royaume des cieux.

Je ne veux point sçavoir mon pis ou mieux, Ny de quel jour, ny mois de quelle année Me soit du ciel la vie terminée ; Je ne suis point de ces gens curieux.

Or, quand mes ans commenceront à croistre, Vienne la mort devant moy s'apparoistre. Quand ell' voudra, je n'en ay point de peur.

Mais, cependant, je veux passer ma vie

En tout plaisir et avoir belle amie,

Puis laisser faire à mon heur ou malheur.

Qu'il prit mal, une fois, à ce Grec généreux, A ce brave Troyen, son superbe adversaire,

«. Far. Fust.

POÉSIES liSEDIÏES. 417

Qui cherchant s'entretuer, leur combat si sévère Finirent aussi tost par dons trop malheureux *.

Hélas! l'un fut du sien attaché douleureux,' Pour triompher, au char d'Achil' le téméraire, Et trois fois par le camp traîné devant son père, Celuy qui estonnoit. par avant, les plus preux.

L'autre après se tua par la fatalle espée. Je prévoi, tout ainsi, vostre faveur donnée Pour signe d'amitié, qu'elle me brasse un mal,

Ou bien dedans mon âme une plus vive flamme,

Ou un plus grand ennuy qui me ronge et m'enflamme ;

Car un don d'ennemy nous est lousjours fatal.

A THFXIGNY''.

Théhgny, qui de Dieu as eu la cognoissance Et qui du Saint-Esprit sainctement es touché,

i. Ajax, fils de Télaiiion, et Hector s'étant battus en combat singulier et ayant été séparés par des envoyés de Jupiter, se firent des j)rcsents en se quittant (Iliade, liv. VII). Ajax reçut du liéros troyen une épée à clous d'argent, avec laquelle il se tua (Voy. VAjax de Sophocle), et donna à Hector une riche ceinture qui, suivant une tradition dont je n'ai pu retrouver la source, aurait servi à Achille à attacher le cadavre du vaincu à son char. Cette tradition est mentionnée dans lu pièce suivante des Emblèmes d'André Alciat (Paris, Chrestiea Wechel, 153G), que Brantôme a certainement connue :

CONTRE LES DONS d'eNNEJIIS.

Ajax et Hector s'entredonnent

Une espée et une ceincture,

Mais telz dons très grant malheur sonnent.

Selon qu'en advint l'aventure.

Ajax eust de l'espée jacture,

Hector eu charroy est trainé,

Sa corroyé tirait la voicture ;

Ainsi ont contre eulx estrené, La gravure en bois qui surmonte ces vers met en présence Chr.rles-Quint et François !"■ ou, du moins, deux personnages qui leur ressemblent.

2. Petit-fils de Fr. de Théligny, sénéchal de Beauciiire, et gendre de Coligny,

418 POESIES INEDITES.

Et mo}' qui de ce joug estois esfarouché

Sinon quand d'un bon œil tu pleuras mon oflence,

Ast'eure que je sens de mon Dieu la sentence, Par ton divin scavoir sainctement embouché, Je sors hors du fangeard ^ où je m'estois couché, Pour adorer mon Dieu d'une autre révérance.

Je te proteste donc adorer désormais Dieu et sa sainte loy et ne jurer jamais Que par la seule foy que sainte je te porte ;

Et si j'escri jamais comment je cogneu Dieu,

Qui premier me ra])prit, qui m'en ouvrit la porte,

Je diray te nommant : « ce fut un demy Dieu ».

A MAISONFLEUR.

Maisonfleur -, je ne puis aimer une pucelle Qui, foiblette, ne peut encor le joug porter, Et farouche ne veut le taureau supporter Quand, quelques fois, il veut s'esbaudir avec elle.

J'aime bien celle-là qu'après sa fleur nouvelle. Sur l'âge de vint ans, est preste de dompter, Et se laisse aisément à son amy monter. Sans ployer au fardeau ny sans estre rebelle.

qui futj comme nous l'avons dit plus Iinut, massacré à la Saint -Barthélémy. « Je le regrette comme mon frère, dit Brantôme (t. II, p. 421); aussi l'estions-noa d'alliance et confédération. » On sait que sa veuve épousa le prince d'Orange.

i. Bonrlner.

2. Ce nom a été de la main de Brantôme substitué à celui d'Estourneau. Voy. la note de la pièce XII.

D'Estourneau, gentillioinme périgourdin ; il fut attaché au roi de Navarre Ant. de Bourbon et fut aussi au service d'André de Bourdeille: Toisia et ami de Brantôme, il mourut maître d'hôtel du roi Henri IV.

Maisf)nfleur, dites-moy, qui a telles amouis Ne peut-il pas Gnir heureusement ses jours? L'autre n"cst point Amour que d'une estrange sorte.

Voilà pourquoy je veux i-etirer mon amour

D'un raisin qui est vert, en attendant qu'un jour.

Possible plus raeury, l'Automne me l'ap[)orte.

Ah ! je voudrois estre Roy de la France, Non pour avoir tant de villes à moy, Ny poui' donner à un peuple la loy Ou estonner chacun de ma présence,

Non pour bi-iser vertement une lance, Ny pour braver sur tous en un tournoy, Pour dire après * : « Ah ! Dieu ! que nostre Roy Est bon gendarme et meilleur qu'on ne pense ! »

Ny pour avoir aussi tant de veneurs,

Ny tant de chiens, de chevaux, de piqueurs,

Ny pour tirer honneur de la noblesse.

D'un Duc, d'un Comte ou d'un Prince du sang, Ou pour marcher le premier en mon rang, Mais pour jouir bientost de ma maistresse.

Vien-çà, Ve'nus ; mais pourquoi m'assaux-tu - Dans notre camp, au milieu des gens d'armes, Des fiers assautz, des combatz, des alarmes, Comme à la Court quand tu m'eus combatu ?

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