Erres, arrhes
manoa avoir peur, à murmurer et se plaindre que la majesté royale d'Egypte estoit fort diminuée par la présence de Caesar et des Romains ses gens de guerre; ce qui donna à penser à Caesar que les choses ne se passeroient sans bruit, et de croyre que Pompée n'avoit point esté perdu, tant à cause de luy ny à sa considération, que pour autre meschant subject; ce qui le fit adviser à soy. Par quoy, faisant bonne contenance et dissimulant l'éminence du mal, nullement toutesfois estonné ny failly de cœur, s'en va à dessein visiter les temples et les dieux de là, ensemble les superbes sépultures des roys anciens, et surtout du grand roy Alexandre, qu'il admira fort, non qu'il se souciast autrement de leurs dieux, de leur révérence, ny de leurs reliques, non pas mesmes de leur or et richesses. Là dessus vous voyez fort bien escrite et représentée la fortune bonne et maie dudict Alexandre, qui est chose certes belle à veoyr en ce livre. vSur ces entrefaictes, arrive ceste grande et belle reyne Cléopatre, sur une gallère de deux rames par banc seulement, et la première et plus belle chose qu'elle fit d'abord, c'est qu'elle gaigne le capitaine et la garde delà forteresse du Phar (il n'y a rien qu'une grande beauté ne gaigne et ne corrompe), sans que Ccesar en sçache rien, monstrant elle par là son gentil esprit et courage, pour s'introduire là dedans pour le veoyr et l'aymer, et le tenir comme elle s'en asseure bien, par le remède de ses extresmes beautez qu'elle porloit sur elle; ne se promettant rien moins que de l'espouser, et avoir sa part etmoictiéavecques luy en l'empire romain, ou bien le gaigner autrement et le réduire à sa totale disposition. Quel brave cœur,
et grand ambitieux dessein de princesse ! I^a voylà doneques venir versliiy avecques une fort belle grâce et asseurance, et une mine assez triste, non pourtant qu'elle jettast jamais larme de ses beaux yeux ; et pour aorner* sa tristesse feinte, elle s'estoit accommodée de ses cheveux gentiment espars, en tant qu'il falloit selon sa grande beauté, dit l'histoire, fust ou négligemment, selon sa jeunesse, ou par curiosité*; et puis elle parla ainsi :
« Caesar, si, pour estre sortie de ceste grande et noble race de Lagus et des Ptolomées, mes anciens et braves prédécesseurs, et qu'en moy vous y recoignoissiez quelque certaine marque de vertu et de noblesse, je suis maintenant hors de mon royaume, bannie pour jamais de mon sceptre paternel. Mais si ta puissance dextre m'y veut une fois remettre et retourner à mon premier estât et félicité, lors estant reyne de faict, je vous embrasseray les piedz.
« Tu viens à nous comme un bel astre luysant et propice, et comme un juste et fort équitable juge : ce que m estant par toy octroyé, je ne seray pas la première qui a commandé en ce royaume et en a eu la domination ; car l'Egypte s'est apprise à rendre obéyssance à une reyne, sans distinction ny différence de sexe. Mesmes, par la loy testamentaire et dernière volunté de mon père, il voulut le droit du royaume et du lict royal m'estre commun par maryage avecques mon frère Ptolomée, et que je fusse héritière par moyctié du royaume. Quant à mon frère, je veux