‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 4)Chapitre 13 sur 181 · Curiosité^ recherche · texte numérisé non relu

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fort bien qu'il ayme sa sœur, et jamais je ne luy desnieray toute obéyssance, mais que ce soit en tant qu'il sera remis à la franchise de sa première liberté, et qu'il ne soyt plus subject soubz la tyrannie et gouvernement de Photinus.

(( Ce n'est pourtant, Cfesar, que je m'en veuille prévaloir; mais, au moins, délivre-nous de c te ^ honte et de ce meschant homme. Qu'est-il besoin qu'un tel petit gallant que celuy-là, serviteur de nostre maison^ meschant et viscieux, soit officier de nostre couronne, et y règne, et que les vrays enfants soient repoussez et oppressez ?Arrache-nousdoncques, Cœsar, les armes et l'arrogance de ce vilain, qui sont pollues et exécrables par la mort de plusieurs, et principallement du grand Pompée.

« Commande doncques que le roy mon frère règne et aye la régence de ce royaume asseurée. Et quoy, Caesar, pcnseriez-vous que ce maraut, estant devenu fier et arrogant pour avoir faict mourir Pompée, qu'il ne conçoive pas en soy et ne machine pas en son ame d'en user de mesme encontre vous, s'il peut, comme desjà il le semble, estant en armes^ qu'il y bransle? Ce que les hautz Dieux veuillent destourner. Au reste, pour avoir faict mourir Pompée, ce n'est pas si grande gloire pour luy qu'il s'en puisse prévalloir ny tant se vanter, ny si grand bien aussy pour toy que tu luy en doives sçavoir gré ; et jem'asseure, Caesar^ que dans vostre ame généreuse vous n'en jugiez l'acte beau, ny luy en voulez pas plus de bien, »

Certes, ces paroUes de ceste grande reyne furent

très-belles et bien dictes, et bien qu'elles fussent élégamment prononcées, et de grande majesté et belle grâce, car elle estoit très-éloquente et diserte, et de plus qu'elle parloit distinctement sept ou huit langues sans avoir truchement; mais il faut croyre, dit nostre Lucain. que toutes ces belles parolles estoient vaines sans son extresme beauté qui y fit plus que tout; car Caesar ne l'eut pas plustost regardée qu'il en devint tout espris. Si bien que la nuict d'amprès (non de la façon sotte que le dit Plutarche*, qu'elle entra en sa chambre, mais d'autre plus gentille) elle corrompit son juge qui s'y laissa aller fort doucement.

Après doncques que Ptolomée eut acquis et acheté la paix par dons et présens que fit Cléopatre à Caesar, il la fallut célébrer par beaux festins et sumptueux bauquetz royaux, pour fesjouyssance* desquelz en fut faict un si superbe appareil, et si grande monstre de magnificences, que les Romains, auparadvant fort grossiers, disoient tous n'en avoir jamais veu de pareilles, carie palais royal, où estoit appresté le festin, estoit en forme et semblance d'un temple de Rome, et qu'à grand peine les aages advenir, tant dissoluz en délices seroient-ilz, n'en sçauroient faire un semblable. Les soliveaux du plancher estoient tous cou-

i , « N'ayant moyen d'y entrer (au château d'Alexan,drie) sans estre cogneue, elle s'estendit tout de son long dessus un faisceau de hardes, que Apollodorus plia et lia par dessus avec une grosse courroye, puis le chargea sur son col, et le porta ainsi dedans à Caesar par la porte du chasteau. j) Plutarque, César^ ch. xvu (trad. d'Amyot).

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