‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 4)Chapitre 124 sur 181 · XXXVI · texte numérisé non relu

XXXVI

J'ai navigué longtemps par un destin fotal Sur une brave mer de plaintes et de larmes, D'ennuis et de tourmens, de peines et d'alarmes, Où j'ay couru tousjours un cruel fortunaP,

Et portois pour bandière, au lieu d'un bon signal, Un cœur tout esploré, desnué de ses armes, Ployé dessous les pies (ô quel changement d'armes !) D'une qui se riait de me voir ainsi mal.

4. Cette pièce est imitée d'une pièce italienne dont j'ignore l'auteur. Elle est écrite tout entière de la main de BrantômCj qui y joint a une traduction que nous donnons après le texte.

10 navigai un tempo per un mure

Di pianti e di sospir, dove sempre era Crudel fovtuna da mutina e sera,

E per insigna Jbrluna pintuto

On cor piagato che sempre piangeva

Sotto gli piedï d'una che rideva.

11 mio pensier con picciola vêla Senza timone guidava la barca

Che di dolore era gia colma e carca.

f olle fortuna cVio trovai un coglio Dove sprezzai la barca e Jo natando Del mar uscirmi e son fora d'a/anno,

TRADDCTIOU

Sur une mer de soupirs et de plaintes J'erray longtemps, esprouvant la fortune Soir et matin à mes vœux importune.

En ce temps-là mes armes j'avoi peintes D'un cœur oulré que ma douce inliumaine Fouloit aux pies, se riant de ma peine.

Mon penser fut le patron de galère

Qui, sans timon, d'enniiy pleine et chargée

Voguoit, des flots et des vents assiégée.

Le sort voulut qu'un escueil «olitaire Froissa ma nef, et je me sauve à nage, Hors du danger, sur le bord du rivage. '.'. Fortune.

426 POESIES INEDITES.

Mon seul penser pensif, sans timon et sans vêle *, Pour gaigner tousjours port, conduisoit ma nacelle Qui jà estx)it chargée et comble de douleurs.

La Fortune voulut qu'au sortir de l'orage

Je donne à un escueil, je me mets lors à nage,

Je sors hors de la mer et hors de tout malheur.

A ARDELAY.

Ardelay ^, qui a eu d'autres fois cognoissance De ce grand Dieu d'Amour qui noz cœurs fait aimer, Et qui t'a d'autres fois bravement fait aimer. Pour le faire valoir soustenant sa puissance,

Alors qu'il nous^ fallut partir de nostre France, Qu'un saint désir de Dieu te '* fit mestre sur mer ^, De ces armes d'Amour te^ falut désarmer Pour n'estre plus sujet à son obéissance :

Ast'eure puisque Dieu nous donne bon retour Il ne se faut pas rendre ; et poursuivre l'Amour Il faut mieux que jamais : vous êtes trop honneste.

Aussy pour être vray, je croy que les beaux yeux D'une Charansonnet "^ vous rendront amoureux Et vous mettront assez de martelz en la teste.

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