Braver; de Titalieu hravegginre
POESIES INEDITES. 429
A M"e DE ROUET.
Si pour uiiner on venait furieux, ïalard, bien tost, pour votre beau visage, Brantosrae aussi sentiroient austre rage Que ce Roland, tant ilz sont amoureux.
Non, je ne veux nier que qui veut asseurer Fermement son amour, sans avoir de reproche D'inconstant et léger, il faut sur une roche De fermeté l'asseoir, pour fermement durer ;
Et dy bien plus aussi que qui peut endurer Fermement les rigueurs que, sous la fausse esmorche D'une douce faveur, quelquefois nous descoche Une rude maistresse, il peut mieux espérer.
Mais je dy bien aussi que tant de belles flammes , Et tant de nouveaux feux de ces honnestes Dames, De nostre Court font bien les plus constans changer.
Le ciel se change bien que Di eu parfait afait. L'Amour que l'homme a fait, ouvrier tout imparfait, Pourquoy ne se peut-il changer et rechanger ?
A RONSARD
Hélas ! faut-il, Ronsard, qu'un langoureux amant Pour estre ainsi parent, n'ayme point sa parente ^ ?
i. Amorce.
2. Brantôme fiilt allusion à son amour pour Jacquette de Montberon, veuve de son frère André de Bourdeille. André étant mort en janvier 1582 et Ronsard le 27 décembre 1585, ce sonnet a été composé entre ces deux dates.
430 POESIES INEDITES.
Qui a mis, le jircniier, cette loy si meschante, Puisque Dieu n'en a fait exprès commandement?
M oyse, qui asseit le premier fondement De sa foy qui nous fayt nostre âme si vivante, De cet amour si beau personne n'en exempte, Et n'en a jamais mis de loy ny de tourment*.
Tant s'en fiait qu'il permit iDcaucoup plus d'avantage Que le frère pouvoit se joindre en mariage Avec sa bcUc-sœur; aussi telle est ma foy ^.
Autrement je seroîs un amant misérable
Qui craindroit, pour aimer, un enfer détestable.
Aussi faut-il qu'ximour commande sur la Loy.
A TALLART^.
C'est un grand cas, Talard, quand je m'en vois esbattre Ores parmy ces champs tous couverts de verdeure, Je sens tousjours couler dans mes os cett' ardeur, Tousjours couler tant plus que je la veuxabattre.
Et bien que je sois loin du Dieu que j'idolastre, De son temple très saint où pose sa grandeur,
^. La loi mosaïque autorisait le mariage d'un frère arec la veuve de son frère mort sans enfant. Les lois chrétiennes le permettaient aussi; mais au moyen âge le mariage entre parents et alliés et par conséquent entre beaux-frères et bellessoeurs fut défendu. Henri YIII se servit de cette prohiJjition pour faire annuler son union avec Catherine d'Ar;:gon.