LXXXVIII
Ne pense pas qu'il soit facile à croire Qu'autre que toi mérite d'avoir gloire Sur la vertu, la valeur et constance, Qui fait besoins pour prendre patiance Sur les assaus que la fortune donne.
Pour maistriser, tourmenter la persoime ; Rien donc ne sert de caclier ton mérile Pour le donner à qui ne le mérite,
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Je ne veux point ravir sa foudre à Jupiter, S(m trident à Neptune, à Bellone ses armes, Ny mettre à la mercy de ces tranchantes laines;, Mon pauvre corps mortel, ny fortune tenter.
En parle qui voudra, j'aime mieux fréquenter Jour et nuit, sans danger, la compaignie des Dames, Que me faire tuer aux cruelles alarmes. Et aux prix de ma vie une gloire acheter.
Qu'a servy à César, ce grand foudre de guerre, D'avoir, en son vivant, subjugué mainte terre. S'il n'a peu éviter son très malheureux sort?
Fy de l'honneur, Le Breuil, qui à tel prix s'acliète;
1. Le personnage à qui Brantôme adresse ce sonnet ironiqî'e et le suiv:int est sans aucun doute le du Breuil, gentillioraine pérignnrdin, que BiiintAme « avoit nourri » et à qui il arriva au siège de La Rochelle une aventure racontée au tomeVIj !>. Gfi.
456 POESIES INEDITES.
Certes j'aimeray mieux traîner une cliarrete
Que, si cherchant l'honneur, je rencontra}' la mort.
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César n'a l'ien gaigné, Le Breuil, je le confesse, D'avoir tant triomphé des plus braves guerriers, D'avoir tant subjugué de bons avanturiers, Puisqu'il est mort comme un qui vit en la paresse.
Mais quand je pense, aussy, que sa bonne prouesse
Le fait valoir beaucoup par dessus les premiers,
Il est bien plus heureux que tous ces cavaliers
Qui meurent et sont morts en servant leurs maistresses.
Certes, c'est un grand' heur, un grand honneur aussv D'aimer une maistresse et d'en avoir soucy ; Mais enfin l'on n'en a que peine et que tristesse.
Quant à la mort, hélas ! un amant, tous les jours. Meurt, transy, dans les bras de ses belles amours 5 Un guerrier, qu'une fois, saluant sa hardiesse.