Lisse
POESIES INEDITES. 483
Ainsi qu'on voit, alors que la froidure Faict du printemps les nouvelles couleurs, Avec le jour, sortir entre les fleurs, La blonde cerve * en son aime demeure,
Le long d'un val, par la molle verdure, Loing des maisons, de chiens et de pasteurs, En liberté', des herbages meilleurs Tondre, sans peur, sa doulce nourriture,
Et qui ne craint sagette ou autre poincte
Sinon alors que l'archer du boccage
Lui jecte au flanc la mort ains que ^ la peur ;
Ainsi j'allois, sans craindre aucun domage, Quand de voz yeux j'eus dedans l'âme joincle Le traict d'amour qui me perce le cœur.
GXXXIII
Seul et pensif, ayant l'âme blessée. Je vais errant à pas tardifs et lents, Portant les yeux sans cesse distillans ^, On des mortelz n'est l'arène pressée *.
Si j'aperçois quelque forest laissée,
Comme effroyable aux troupeaux et aux gens,
Là je m'esgare et me perds au dedans,
La face pasie et la teste abaissée.