Axaène
POESIES INEDITES. 489
D'entreprendre à gaigner une forte cité, Mettre ses murs à bas, foudroyer sa tempeste, Que sur telles beautez brasser une conqueste. Je sçay à quoy m'en prendre et l'ay prouvé * souvent Que tous ces beaux dessins s'envolent dans le vent. Et mesme quand je veis, un jour, une Déesse Portant nom de Diane * avecques sa jeunesse, Je m'estimay autant d'estre son serviteur Comme si j'eusse esté ou Roy ou Empereiu", Je ne diray comment une belle Renée ^, Que les Dieux nous ont fait ici-bas estre née Pour nous ravir les cueurs de sa chaste beauté, De son plaisant regard, de son honnesteté. Non, je ne diray pas comme ell' m'a ravy l'âme, Comme ell' me fait mourir par sa cuisante flamme ; Car, volontiers l'on voit les dernières chaleurs Sur la lin de l'esté monstrer plus leurs vigueurs. Heureux, et plus qu'heureux si j'eusse ma pensée Ferme, tousjours ainsi en ce pas arrestée, Et si je n'eusse creu, tro[) présumant de moy, A l'Amour que j'avois esleu pour mon vray Roy, Qui me vint abuser, me vantant ma prouesse, Estimant ma valeur, mon bon cueur, mon adresse, Disant qu'il me vouloit avancer en grandeur, Me poursuivre du bien, pourchasser mon honneur, Et me met en avant de vous aymer, Madame *, Que j'estime et je crain plus que toute autre Dame, Et pour qui volontiers je mourrois constamment, Si je pensois, mourant, vous servir loyaument. Madame, je sçay bien que le peu d'apparance Que j'ay de vous aimer m'oste toute espérance, Je cognois bien aussi que j'ay trop entrepris De vous dresser ^ mon cœur qui sera toujours pris Dedans telles prisons sans espoir de victoire, Mais je n'en prise pas moins pour cela ma gloire ;
< , Eprouvé.