‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 4)Chapitre 171 sur 181 · Adresser · texte numérisé non relu

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490 POESIES INEDITES.

Car bien que telz amours tant sont-ilz hazardeiix D'autant sont-ilz peneux *, brusques '^ et dangereux, Et s'ilz ne sont autant que d'autres profitables Les peines, pour le moins, en sont plus agréables. Ne vous estonnez pas, Madame, si l'ardeur Où je nourris mes sens, adorant la grandeur De voz perfections, de votre bonne grâce Qui luit si gentiment en vostre belle face, M'a mis là, que je veux tout danger encourir, Si je puis, pour vous plaire, heureusement mourir. Car, volontiers, un cueur généreux se bazarde De passer au mitan ^ d'une flamme gaillarde; Et d'autant plus l'objet est brave et excellent, D'autant doit-il monstrer son désir plus avant Ou soit qu'il en espère ou soit que son attente Ne luy promette rien du bien qui le tourmente ; Comme moy qui me sens autant ou plus heureux, Languissant en mon mal et bruslant en mes feux, Que fut jamais Roger entre les bras d'Alcine, Quand il en tiroit d'ell' ce que bien on devine. Je ne veux m'arrester pourtant à vous servir, Encore qu'autre bien je ne puis desservir. Vous me pouvez, Madame, avec vostre puissance, Me défendre à jamais vostre belle présence, De ne vous acoster, de tousjours m'absenter Du lieu où je verray vostre grandeur hanter. Mais de me commander que soudain je desface L'amour que j'ay voué à vostre sainte face, Il vous faut donc oster vostre perfection, Et j'osteray soudain ma grand' affection ; Pendant, je nourriray mon ardeur et ma i-age D'un mensonge plaisant ou d'un songe volage Qui alège souvent un amant langoui'eux, Quand songeant quelquefois il rêvasse en ses feux ; Ou bien, seul, à part moy, battant une campaigne, Traversant un taillis, guindant'* une montaigne ;

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