Se guiniliiut siir^ gravissant
Je feray ces discours, hélas! discours humains
Qui rempliront de vent mes abbayantes * mains.
Verdoyante campaigne et vous belles prairies,
Qui jaunissez de fleurs si gentiment fleuries,
Vous, plaisante vallée et vous coulans ruisseaux,
Qui arrousez leurs flancs de voz plaisantes eaux,
Ombrageuses forêts, et vous belles coUines,
Antres, tertres bossus, vous grottes, leurs voisines,
Escoutez mes discours et si quelque pitié
Se loge dedans vous, plaignez moy à moitié.
Et aidez à mon mal ; et, lors que ma Déesse
Vous ira visiter appelez-la sans cesse
Par son nom si divin que vous soavez très bien.
Importunez-la fort qu'elle me fasse un bien.
Au moins puisqu'elle veut m'estre si rigoureuse.
D'une seule faveur seulement amoureuse,
Qu'elle me veut priver de l'aube de sou jour,
De son plaisant regard, de son honneste amour ;
Au moins qu'elle ait pitié de ma peine et mes plainlcs,
De mes désirs ardans, de mes flammes si saintes,
Qu'elle m'en sache gré, et en ait un regret.
Sachez en, je vous pry', eu cela son segret ^.
Si je sens une fois au moins qu'elle regrette
Avec une pitié mon amour si parfaite.
Je veux mourir content; je veux estre enterré
Dessous le myrte vert de Vénus adoré,
Et veux sur mon tombeau que. graver on en fasse
Ces vers que on lira d'une plaisante face,
Que je pry' tous Seigneurs, tous braves Cavaliers,
Tous galans Paladins de lire tous entiers :
« Celuy qui gist icy, en ce lieu misérable,
Messieurs, c'est un amant en amour déplorable,
Qui aima longuement, sans pouvoir estre aimé,
Un sujet à la Court en grandeur estimé.
4. Ouvertes, de béer, bader, ouvrir lu bouche iuutileuent, ou au figuré, niaius tendues eu vain. A ce sujet, le dictionnaire de Trévoux oljserve avec raison que abboyer et abbajer ont deux origines et deux significations différentes. — Nous disons encore bouche béante, abîme béant. En patois périguurdin, ha la a les deux significations bailler et bayer.
■1. Secret.
492 POESIES INEDITES.
Il mourut, puis après content de sa fortune, N'ayant autre faveur ny récompense, qu'une Qu'on luy dit, que sa Dame abaissant son orgueil A la i\n fit de luv un lamentable dueil. »
KMT.TK II.
Comme un guerrier, animé de prouesse, Oui a perdu sa peine et sa jeunesse. Se bazardant au ser\ace d'un Roy, Faisant son sang le tesmoin de sa foy. Après qu'il voit que son Prince et son maislre Ne veut, ingrat, son labeur recognoistre, En barbe blancbe et en cbevcuil' grison. Seul, se retire à part en sa maison ; Et là, pensant en l'honneur qu'il mérite, Se passionne et s'enfle et se despite, Croisant les bras et regardant les cieux. Jure, proteste, et atteste les Dieux De ne vestir jamais en nulle place, Pour guerroyer, ni armet, ni cuirasse.
Mais, quand il oit* le tabourin sonner Chant de la guerre, il y veut retourner, Et, sans respect de serment ny d'injure, Prend son barnois et suit son avanture. Je suis ainsy : car, ayant fiiit séjour Longtemps en vain sous la charge d'Amour, Ayant j>orté longuement son enseigne, Tenu sous luy l'amoureuse campaigne, Keçeu sa soulde "', et longtems travaillé. Couru, cherché, assailly, bataillé.
Enflé de gloire et de persévérance, Ce fier tyran, pour toute récompense,
i. Cheveui/, cheveu.