‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 4)Chapitre 19 sur 181 · Compasser^ régler, conformer · texte numérisé non relu

Compasser^ régler, conformer

2. Le quatrième frère dont il ne parle pas était André de Bourdeille, père de Henri à qui il n'avait pas besoin de le nommer.

beaux exploictz de guerre qu'ont accomplis nos pères, grandz-pères, aveux, bisayeux et ancestres, aux guerres qui se sont faictes, tant à la Terre-Saincte que delà et deçà les montz, soubz nos braves et vaillans roys qui estoient pour lors.

Je ne m'amuseray non plus à vous parler de l'antiquité de la maison du Fou, venue de Bretaigne^ et fort agrandie par le roy Louys XI et autres roys qui sont venuz aprez, mesmes du roy François I^ qui fit espouser l'héritière du Fou', niepce de ma grandmère, et la filliole et cousine de vostre grand-père, à messire Antoine des Prez, et le fit mareschal de France, d'où sont sortis messieurs de Montpezat que l'on voit aujourd'huy.

Je ne m'amuseray doncqu'es à discourir de toutes les antiquitez de ces deux nobles maisons de Bourdeille ny du Fou, ny de leurs faictz et gestes, car cela seroit trop long, et n'aurois jamais faict, bien que, quand je l'aurois entrepris, j'en penserois venij à bout aussy bien que homme de nostre race. Venons doncques au poinct.

Messire François de Bourdeille doncques, vostre grand -père, fut filz de ces deux illustres père et mère que je viens de dire. Après qu'il vint à estre grand et en aage, son père le donna page à la reyne de France Anne, duchesse de Bretaigne, et y fut huict ans, et avoit cest honneur d'estre son premier jDage (ainsy luy parloit tousjours),et de monter sur son mulet de debvant, qui estoit un très-grand honneur et faveur

1. Lyette, dame du Fou, mariée (4521) à Antoine de Lettes, dit des Prez, seigneur de jMontpezat.

de ce temps là pour les pages des reynes et grandes princesses, pour estre en cela préférez à tous les autres. Et le bonhomme feu M. d'Estrées, grandmaistre de l'artillerie, grand homme digne de sa charge, que nous avons veu, alloit sur le mulet de derrière, ainsy qu'il me l'a conté souvent, et que bien souvent tous deux ilz avoient esté fouettez l'un pour l'amour de l'autre; car vostre grand-père faisoit tousjours quelques petites natretez, ainsy que son esprit prompt, vif et gentil l'y conduisoit, et surtout quand il faisoit aller le mulet de debvant plus viste qu'il ne falloit. C'estoit lors à la reyne à cryer : « Bourdeille, Bourdeille, vous serez fouetté, je vous en asseure, et vostre compaignon; » et tant n'y failloientpas, car l'un se remettoit^ sur l'autre, et disoit que la faute venoit de son compaignon, que le debvant s'advançoit trop, et qu'il falloit faire suivre l'autre ; et l'autre disoit que le derrière advançoit et passoit trop l'autre de debvant; et, pour ce, de compaignie, sans ouyr leurs excuses et raisons, estoientbien fouettez; mais M. d'Estrées m'a dict que toute la faute venoit de vostre grand-père qui faisoit tout le mal.

Il demeura doncques ainsy page espace de huict ans....* Ce qui luy nuisit un peu à sa taille qui estoit très-belle, et la rendit un peu vouslée quand il

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