‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 4)Chapitre 28 sur 181 · Couper queue ^ mettre fin · texte numérisé non relu

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k.. Garniment, garnement.

liens, qui s'estonnoient et ryoient aussy de la franchise de parler de mon père, lesquelz si révéremment parloient toujours à Sa Saincteté. Enfin le pape, voulant partir luy fit un adieu le plus honneste du monde, et luy dict : « Que voulez-vous de moy ? vous l'aurez; 1» le pape pensant qu'il voulust demander ses chevaux, il ne luy demanda autre chose si non une licence et dispense de manger en caresme du beurre, d'autant qu'il ne pouvoit manger l'huile d'olive ny de noix; ce que le Pape luy octroya aysément, et luy en fit dëpescher une bulle poiu' luy et les siens, qu'on a veu au thrésor de nostre maison longtemps; je ne sçay si elle y est encore ^

La guerre de Lombardie se continua, où mon père s'y trouva tousjours, et en la battaille de Ravenne, où il fut encor blessé. Et, ayant demeuré l'espace de trois ans en ces pays et guerres, il s'en retourna avecques ses compaignons en France et à la cour, où il trouva à dire la reyne Anne sa bonne maistresse morte, qui l'attrista grandement; car elle estoit toute son espérance et son support. Elle l'aymoit et l'ap-

1 . Brantôme avait sept ans à, la mort de son père. Il est donc assez difficile de supposer qu'il tienne de lui ce conte plus qu'étrange d'un pape se laissant tuto3er et appeler garnement par un jeune gentilhomme français. Sans doute il l'avait appris de l'un de ces « vieux qui avoient veu et cognu » François de Bourdeille et qui ne se sera fait aucun scrupule d'enjoliver une aussi belle histoire. Il me paraît d'ailleurs y avoir cru si peu lui-même qu'il s'est bien gardé d'}' faire la moindre allusion dans quelqu'un de ces passages oij il a parlé soit de Jules II, soit de son père ; toutefois il a pensé qu'il lui était bien permis de la raconter à son tour dans des pages écrites pour son neveu et qui n'étaient pas, comme ses autres ouvrages, destinées à l'impression.

pelloit S.1 nourriture, et estoit fort ayse quand elle en oyoit dire tant de bien de luy. Le roy en fît grand cas, et luy fit très-bonne chère.

Il s'en vint en sa maison voir son père et sa mère, qui le roceurent ne faut point demander avecques quelle joye; et n'y vint point gueux nullement, ny en l'équipage qu'il alla ; car les grands chevaux et tout son équipage valoit plus de deux mille escus, qui estoit beaucoup de ce tempz là, avecques de fort honnestes gens. Entr'autres, il mena un honneste maistre pallefrenier qui s'entendoit bien en chevaux, qui estoit de ce temps comme un créât d'aujourd'huy. Il a vescu cent ans. Je l'ay veu, mais fort vieux : encore montoit-il quelquesfois à cheval, tout vieux qu'il estoit. Il s'entendoit très-bien à la maladie des chevaux, et nous l'appellions le bon homme, et qui nous racontoit bien des jeunesses et vaillances de mon père. Il devint aveugle de vieillesse, et laissa des enfans assez honnestes gens, mais non pareilz à luy.

Le roy Louys XII mort, que ce beau voyage du roy François se présenta de là les montz pour la jouiniée de Marignan, mon père y va ; car ny père ny mère, ny tout le monde ne l'eust pas sceu retenir, car il estoit du tout à luy*, et ne vouloit estre subject à personne du monde, et ne voulut jamais avoir charge, ny de capitaine, ny de lieutenant, ny d'enseigne, ny deguydon; rien de tout cela, tant il s'aymoit, et luy et sa douce liberté : ainsy que tous nous autres, et surtout moy, avons esté de cest'-

i. Estre du tout à soy^ s'appartenir complètement.

humeur, dont mal m'en a pris pour mon advancement. Il se trouve doncques à ceste guerre et}3attaille de Marignan, coml^attant soubz l'estendart de M. de Bourbon, quil'aymoit extresmcment pour des raisons que diray ci-après, et en lit au roy de très-bons et hautz rapportz^ ainsi qu'il se fit ce jour-là paroistre à clair; et le roy luy voulut dès-lors donner charge et le faire lieutenant des cent hommes d'armes de son oncle' René, bastard de Savoye; mais point. Après la bataille gaignée, il demeura à Milan quelque temps avecques ]M. de Bourbon, lieutenant général du roy, et puis s'en retourna en France avecques luy.

Estant en France, sa mère s'advisa de le maryer, car son père estoit mort, pour le retenir, afin qu'il fust arresté^, et n'allast plus traverser ny vagabonder le monde et trotter tant qu'il avoit fâict, et que le seul maryage, disoient ses parens, le pourroit arrester. Sur ce, il espousa Anne de Vivonne, ma mère, luie fort honneste et sage damoiselle, et pour lors fille d'une des bonnes et riches maisons de Guyenne, voire de France, et fille de messire André de Vivonne, séneschal de Poictou, chambellan du roy et gouverneur de M. le Dauphin, et fille aussy de madame Louyse de Daillon, sa mère, de ceste grande maison du Lude, dame d'honneur de ia reyne de Navarre, Marguerite, sœur du roy François. Ceste fille Anne de Vivonnefut fortaymée et chérie de son père et sa mère : et falloit bien qu'ilz eussent en grande estime M. de Bourdeille, et que M. le séneschal, qui estoit un des habilles hommes de son temps,

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