‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome, publiées d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Société de l'histoire de France (volume 4)Chapitre 39 sur 181 · Voyez tome V, p · texte numérisé non relu

Voyez tome V, p

de Roncesualles : et un autre qui s'intitule : El espejo de caçalleria *.

Pour laisser ces antiques histoires, un Helias de Bourdeiiie se croisa en la première saincte guerre, et y mourut, dont le testament se treuve encore au thrésor de la maison.

Et, pour descendre aux plus récens, un Archambaud et Arnaud de Bourdeiiie servirent fort bien leurs roys de France encontre les Anglois, et mesmes Arnaud et Jehan de Bourdeiiie, son tiers frère (qui s'en alla après aux guerres de Naples d'alors sous Charles, duc d'Anjou, et s'y acaza), accompaignèrent tousjours ce grand foudre de guerre, le bastard d'Orléans, à chasser les Anglois de Guyenne, et furent faictz chevalliers devant Fronssac avecques plusieurs autres; et puis Arnaud fut créé par le roy son séneschal et lieutenant général en Périgord. Il s'en acquitta trèsdignement, et avoit pour lors son frère le cardinal de Bourdeiiie, qui fut un prélat de très-bonne et saincte vie, qui pourtant, saisi par trop de superstitions vaines et resveries du temps passé, ne fit jamais de bien à la maison, estant de ceux qui disent qu'il valoit mieux faire du bien aux pauvres qu'à ses parens. Aussy ledict Arnaud ne s'en soucia guières, car il estoit un très-riche et très-puissant seigneur, tant d'antiquité et de ses biens que par ses services, devoirs et beaux faictz d'armes.

Et pour faire fin, sans tant rechercher de si loing, messire André de Bourdeiiie fut filz de messire Fran-

4. Verdaaero suceso de la batalla de Roncesvalles^ 1583, par Fr. Garrido de Villena. — Espejo de cavallerias^ par P. Reynosa, Sevilla, 1o4o-1580, 3 vol. in-f".

cois de Boiirdeille, qui, en ses jeunes ans, se fit tant signaler au royaume de Naples^ à la journée du Garillan, sous ce grand M. de Bavard, où il fut fort blessé, les histoires le prouvent, et puis à la battaille de Pavie. Et, pour ce, ledict messire André de Bourdeille ne voulant en rien dégénérer de son brave père et de ses prédécesseurs, estant fort jeune, se mit à la guerre de fort bonne heure. Il fut du temps du roy François, aux guerres de Landrecy, de Marolles, du camp de Jalon et de Boulongne; du règne du roy Henry, à la guerre d'Escosse, au voyage d'Allemaigne et siège de Metz, et puis a été prisonnier dans Hesdin, et demeura six ans prisonnier en Flandres, d'où n'en sortit qu'après la Irefve faite entre l'emnereur et le roy; et, la guerre espaignolle se recommençant, il continua tousjours les estrangères, et aux civiles servit très-fidèlement tous ses roys, et mesmes aux battailles de Jarnac et de Montcontour, ayant charge de cinquante hommes d'armes, et est mort chevallier de l'Ordre, lieutenant de roy en Périgord, son séneschal et gouverneur, avec beaucoup de réputation d'estre mort fort pauvre au service du roy. Il estoit, du côté de sa mère, madame Anne de Yivonne, allié fort estroictement de la maison^ de Bretaigne, Savoye et de Nemours. Cela se peut monstrer au doigt sans grande prolixité. A tant, c'est assez parlé de luy et de sa race; car notre thème et principal subject tend plus à madame de Bourdeille, pour laquelle ceste noble et saincte cérimonie se célèbre aujourd'hui en sa commémoration.

Pour parler doncques de madame de Bourdeille, elle fut en son vivant une dame très-accomplie et de

corps et d'ame. Du coips, ce fut une des belles dames de France, ainsi jugée par les grandz et grandes à la cour et en tous les lieux où elle a comparu : son visage très-beau^ remply de tous les beaux traictz de la face et des yeux que peut loger une beauté, sa grâce, sa façon^ son apparence, sa riche et haute taille, et surtout sa belle majesté, si que partout on l'eust prinse pour une reyne ou grande princesse. Aussy estoit-elle extraicte de si haut lieu qu'elle en pouvoit bien tenir, laquelle, à cause de la fille de la Marche, maryée en sa maison, comme j'ai dict, avoit cest honneur d'appartenir à ceux d'Orléans, d'Angoulesme, de Bourbon. Aussy feu Anthoine de Bourbon, roy de Navarre, se contentoit bien de l'appeler sa cousine : le roy d'aujourd'huy*, et Madame sa sœur en ont fait de mesmes. Elle est morte tante à la mode de Bretaigne , à cause de la maison MareuiP, de M. de Montpensier qui est aujourd'huy. Bref, la grâce et majesté paroissoient en ceste dame de toutes façons.

Aussy la reyne mère dernière, pour mieux embellir sa cour, la print à son service pour l'une de ses dames, et la chérit bien fort. Elle vesquit en sa cour avecques une belle et illustre réputation ; non qu'elle s'y voulust par trop assiduer^ ny absubjeclir, désirant plus eslever sa belle et noble famille, que séjourner à la cour tant comme d'autres font.

Elle fut très-belle en son printemps, très-belle en son esté, et très-belle en son automne ; et si de son

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