SilleZj fermés
l'oncle.
Au moins si je pouvois, par bonne destinée, De la mort qui me prinst vous oster de là-bas. Ah' qu'il me seroit doux n'attendre pas l'année, Non pas un seul moment, pour aller au trespasl
LANIEPCE.
Cela ne se peut pas. Le souhait s'en envole, Et ne vous sert de rien. Pour quoy résolvez- vous N'aller encontre Dieu, et changez de parolle, Ou bien de supporter un repos qui m'est doux.
l'oncle.
Doux vous est-il bien? Ainsj je le veux croire Par vos mesmes propos que m'avez dict souvent Ensemble en nos discours, et que pour telle gloire Vous vouliez triompher sans aucun tardement.
la niepce.
Souvent vous l'ay-je dict. Souvent m'avez reprise De si fascheuse humeur; vous l'appelliez ainsy. Mais aux tourments humains j'estois trop bien apprise; Et, pour m'en garantir, je voulois estre icy.
l'oncle.
Encor s'il se pouvoit par quelque art vous refaire, Ou vous faire sortir de ce lieu ténébreux, Et vos membres poudreux en tel art vous portraire. Que je pusse reveoyr les traitz de vos beaux yeux !
LA NIEPCE
Geste curiosité, mon oncle, n'est pas pie, Et Dieu encontre vous s'en pourroit irriter. Si vous m'avez aymé, cessez-la, je vous prie. Et mes mânes laissez icy-bas habiter.
l'oncle Mais quoy ! ma chère niepce. Eh ! faut-il que je vive Après vous ainsy morte, et que j'aille icy haut Traisnant mes jours sans vous, et que je vous survive ? Non, non, il faut mourir, de vivre ne me chaut.
LANIEPCE.
Je ne suis pas, mon oncle, encore toute morte; Car je veux que mon ame aille en vous, voletant, Et y fasse maintz tours : si que feray en sorte Que la vostre verra luy paroistre souvent.
l'oncle.
Mais où sera ce ciel et ceste belle face, Geste belle façon et ceste majesté, Ce beau corps, ce beau port, ceste naïve grâce, Ce doux et beau parler tout plein d'honnesteté ?
LA IVItPCE.
Cher oncle, en tout cela perdez y votre attente : Il n'eu faut plus parler. Le ciel m'a tout osté Pour en orner son siège. Il faut que me contente De ce que fais ast'heure, et ce que suis esté.
l'oncle.
Hé quoy ! Le ciel ainsy prend-il ces belles âmes? Ne se contente -il pas de ses luysans flambeaux, Sans nous désenlever tant de parfaictes dames, Pour encor y admettre autres astres nouveaux?
la niepce.
C'est tout ainsy qu'on voit une belle pucelle Avarement cueillir de sa blanchette main Force nouvelles fleurs pour paroistre plus belle. Et parer ses cheveux, sa tête et son blanc sein.
l'oncle.
Encor si vous eussiez comply* quelque long aage! Mais, sur vos plus beaux ans, ceste fière Atropos Vous a ravy sitost, vous mettant au passage De ce fascheux Caron, sans droict ny sans propos.
la niepce.
Qu'y feriez-vous, cher oncle ? Ainsy, ainsy périssent Les belles jeunes fleurs eu leur plus beau printemps.