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Autre tombeau en prose, pour madicte aame c£ Auheterre.
Passant, je te voy tout pensif, comme un qui veut sçavoir de qui est ce sépulchre, et quel noble corps il peut enclorre. Je te le vais dire pour t'en oster d'esmoy.
Je suis icy gissante, en mon temps ceste belle Renée de Bourdeille, issue, du costé du père, de ceste noble et ancienne maison de Bourdeille, et de celle de Montbron touchée de mesme marque noble, du costé de la mère.
Je fus femme de messire David de Bouchard, chevallier fort renommé, à moy pourtant peu esgal. Je luy fus très-loyalle en maryage : je le fus encor en vefvage; car, luy mort, je ne voulus le survivre sans sa fdle, qu'il me laissa en bas aage ; et, pour l'amom* d'elle, je voulus maugré moy encor vivre trois ans, après lesquelz je fus contente que la tristesse m'achevast et m'ostat de ceste vie, bien que j'eusse assez de quoy pour la désirer si j'eusse voulu, car on me donna le los en mon vivant d'estre l'une des plus accomplies dames de la France, fust pour la beauté de l'ame, qui me firent fort désirer de plusieurs hon-
nestes gens d'une recherche de second maryage. Je n'y voulus jamais entendre, pour reporter au ciel à mon mary la foy à luy donnée et si bien gardée en terre.
Adieu, passant. Dis, en te retirant, à ceux qui t'enquerront de moy, que toutes les plus grandes beautez et les belles grâces, et toutes les perfections qui ont estées avecques moy autresfois, ne me sont rien au prix de la félicité dont maintenant je jouys. Je mourus en ma trentiesme année, le huitiesme de septembre l'an 1593.
Je romps icy ma plume, et à jamais je ne trace plus de vers, que j'avois quitté despuis vingt ans, comme il paroist à ma grossière rime, et qui sent son antiquité à pleine gorge. Mais, pour honnorer la mémoire de ces honnestes dames, je me suis advanturé d'escrire cecy tellement quellement. Aussy dès-lores je prendz congé des Muses, et leur dis adieu pour jamais. Qui aura bien cognu ces dames, des belles et des honnestes du monde (il faut que la vérité m'en fasse ainsy parler), pourra dire me sçavoir bon gré si pour elles j'ay faict telzregretz.
Nombre et rolle de mes nepveux^ petitz-nepveux , ou arrière-petitz-nepveua- à la mode de Bretagne^ que mnj Brantôme je puis avoir y et que j'ay faict aujourd'hui, 5 novembre M.DC.Il^ .
Premièrement, mes deux nepveux, messieurs le viscomtede Bourdeilleet le baron de Mathas, enfans de M. de Bourdeille mon frère aisné".
Messieurs de Sainct-Bonnet et d'Ambleville, qui ont espûusé mes deux niepces, Isabeau et Adriane de Bourdeille', filles de mondict sieur frère aisné, bien que je ne mette guières en compte M. d'Ambleville,
\ . De tous les e'crits de Brantôme, c'est celui-ci — on s'en doutera d'après la multiplicité des notes — qui m'a donné le plus de peine à commenter. Malgré mes recherches, je n'ai pas toujours trouvé soit dans les ouvrages spéciaux, soit au cabinet des titres de la Bibliothèque nationale, des renseignements suffisants pour éclaircir tous les faits mentionnés dans le Nombre et rolle de ntes nepveux, et je ne puis répondre qu'il ne me soit pas échappé quelque erreur au milieu de ces généalogies de famille qui se croisent et s'entre-croisent et où plusieurs personnages portent le même nom de baptême. Brantôme lui-même s'y est trompé quelquefois ; ce sera là mon excuse
2, Henri qui fut le premier comte de Bourdeille, et Claude baron de Mastas, tous deux fils d'André de Bourdeille. Cf. p. 84, note i,