C'est-à-dire : comme de ne m'avoir pas assisté
le sieur du Peraux, ny contre La Borde dict Servart.
Je sçav bien que mondict nepveu me voudra mal de cest article, et qu'il en dira prou aprez ma mort; mais, s'il veut considérer bien le tout, il trouvera que j'ay beaucoup de raison. Et qui ne se contentera de si peu de bon bien, qu'il le quitte, il faira plaisir aux autres qui s'en contenteront bien, et ne le desdaigneront point.
Il V a encor une autre clause et article dans ledict codicille, que, par mesme coup et mesmes raisons que j'ay dict, ledict sieur Dumas y fit mettre et insérer : comme ma susdicte dame désire que la conseigneurie de Brantôme retourne à la maison du sieur de Bourdeille. Dieu me soit tesmoing et juge du conseil qu'en cela je luy donnay, pour l'avoir et acquérir pour elle, à cause de la nourriture de la damoiselle de Lisle l'espace de vingt ans, et pour autres raisons, et puis jurer que madicte dame mesprisoitcela sans moy, si qu'elle me dict : « Frère, « je désire doncques cest acquêt; mais je veux qu'il « soit pour vous. Je vous le donne, faites-en vostre ce profict comme pourrez, car il est prez de vous à « Brantôme. » Pour si peu qu'elle vesquit après, je n'en jouys de quasy rien; car le bien estoit tout brouillé et en litige : et ceux qu'i prétendoient, comme le seigneur du Peraux et autre;^, n'y osoient pourtant que peu toucher; car c'estoit une dame de si grande authorité qu'on la craignoit plus que l'espée de son filz, comme il parust aprez sa mort, dont longtemps aprez s'en accordèrent tellement quellement, dont j'en fus bien ayse, non pour un grand profict que j'en aye tiré, mais pour la commo-
dite qui sera aprez ma mort audict seigneur de Bourdeille. Et veux fort bien que la conseigneurie tombeàluy et à nulz autres, pour agrandir tousjours nostre maison, bien qu'elle m'ayt beaucoup cousté d'en tirer quelques petilz fruictz; car ledict sieur du Peraux inlimidoit les tenanciers à ne payer, bien que M. de Bourdeille, par la transaction qui se fit entre nous deux, estoit tenu de m'en garantir et poursuivre le procez; ce qu'il n'a jamais faict, non pas seulement le faire solliciter. Je passe doncques ledict article et clause de ceste dicte conseigneurie fort légèrement, mais non celle des quatre mille deux cens escuz, qui me sont fort deubz, et en puis fort bien disposer aprez ma mort : autrement il y va fort bien de mon bonneur, comme j'ay dict. Ce que ne voulant débattre lors de madicte transaction, pour n'entrer en procez et contestation avecques luy sitost après la mort de feu madicte dame, craignant de perturber ses lionorables mânes sitost aprez son décez, je me contentay seulement de la jouyssance de la Tour-Blanche, à mon regret pourtant; car j'eusse mieux aymé mesdictz quatre mille deux cens escuz pour m'oster de ce pays fort fascheux à moy, et m'en aller si loing qu'on ne me vist jamais; car j'estois désespéré de la mort de ceste honneste sœur et dame, madame de Bourdeille, et m'accorday de ceste façon avecques luy, et aussy qu'il n'avoit nul moyen de me donner argent. Il avoit d'autres affaires d'ailleurs à me payer, et de plus que je pensois qu'il me deust estre meilleur nepveu qu'il n'est, et mieux recognoissant les bons offices et services que je luv ay faitz. Dieu luy pardonne ses ingra-
titudes, car j'ay crainte qu'il l'en punisse, estant un vice que ceste ingratitude fort désagréable à sa Divinité. Entre autres, en voicy une qui lève la paille : un jour, estant à la Tour-Blanche, dans la sale, il dit tout haut debvanl force gentilzhommcs et autres, sur le subject qu'il n'avoit obligation à homme au monde qu'au sieur de Marouatte, qui luy avoit faict avoir la résignation à M. de Périgueux' de son évesché, pour l'y avoir poussé et persuadé^ dont je cuyday partir de collère contre luy ; mais je me commanday et m'arrestay, de peur d'escandale ; lequel mondict évesque j 'a vois faict et créé tel par la nomination et brevet du roy, car ce fut moy qui la luv demanday pour mon frère et pour moy, ayant veu ledict évesque un chétif petit moyne de Sainct-Denys, et l'avoir ainsy tel créé contre l'opinion de madame de Dampierre ma tante, qui ne le vouloit, en me disant plusieurs fois que j'en maudiray l'heure de le coUoquer en si haut lieu, « ce vilain moyne », usant de ces propres motz, et que son père avoit faict souvent pleurer ma mère. Croyez que ceste honneste dame prophétisa bien ce coup; car il fut aussy ingrat en mon endroict que son cousin, ledict M. le viscomte, que ceste fois m'alla payer de ceste sorte, pour n'avoir obligation qu'au sieur de Marouatte, nullement certes comparable à moy en obligation ny en valeur et mérite, pour n'avoir esté jamais autre qu'un amasseur de deniers, et que j'ay veu parmy les bonnes
1. François de Bourdeille, d'abord moine de Saint-Denis, puis évêque de Pe'rigueux de 1578 (environ) à octobre 1600. Il était le second fils de Gabriel de Bourdeille, seigneur des Berna rdières, frère cadet du père de Brantôme.
compaignies qu'on nommoit que PetiL Brodequin, nom à luy donné par MM. de Coustures et La Boue- Saunier, bien contraire à mon nom tant bien cogneu et estimé parmy la France et ces* grandz, et autres pays estrangers, pour avoir tant battu de terres et mers, que l'on faisoit beaucoup de cas de moy.
Et pour parler de ceste grande susdicte obligation de Marouatte, ne faut doubler que si j'eusse voulu m'opposer à ladicte résignation, pour, après estre faicte, en demander la moictié de ladicte évesché, je l'eusse peu faire aysément, et en estois sur mes piedz pour en avoir la jouissance, selon l'ordonnance de nostre grand et bon roy d'aujourd'huy et de son conseil, par la mort du titulaire, qui ne déroge rien au droict du gentilhomme qui a sa part, comme paroist par mon brevet du roy Henry III, et comme Sadicte Majesté me donne la moictié de ladicte évesché, et à mon frère l'autre. Et si l'on vouloit alléguer la transaction faicte entre moy et l'évesque, c'est une chanson; car, qu'on la lise bien, elle ne fait rien contre mon droict, ny que j'en quitte ma moictié. Bien est vray que par parolles je promis que, tant qu'il vivroit, je luy quittois madicte moictié et ne luy demandois rien en son vivant. N'estois-je pas doncques, luy mort, tousjours sur mes piedz d'en répéter madicte moitié, et m'opposer à la susdicte résignation, et la demander par le dire du conseil privé, et selon l'édict et l'ordonnance du roy pour pareille chose? D'autant que, le titulaire mort, le gentilhomme, qui a sur sa pièce sa moictié, ou sa