I. H. Estienne, p
162 LEXIQUK.
fut appris un armel, une bouri;uii;nolto, un accousliiMuoiil de lesle. Pour lo plumail, lu\ lut rcproclié ponnache; pour capitaine, queytaine ; ooronol, collonnel ou oolluniel ; pour di/enier, caporal ; cinquan- Icnier, cap-dVscouaclc, ctc' ».
Jo n'ai point \c dosscin, comme aurait dit Oudin*, « de déterrer les morts ni d'ollbriser les vivants ^>, mais il me semble assez curieux à ces vocables, dont Tint rod nef ion scandalisait si fort II. Estienne, d'opposer quelques-uns de ceu\ qui l'ont (uicore très bonne fii^ure dans Brantôme, et que les caprices de la mode ou le pédantisme des grammairiens ont rejetës, bien qu'ils fussent^ pour la plupart, d'une bt)nne, ancienne et logique facture. Cerlaines lamilles tle mots, qui étaient alors au i^rand complet, ne nous sont j);uvenues (pie di^membrées. VA\c<. ont perdu en route, les unes leur verbe ou leur substantif, les autres leur adjectif ou leur adverbe. On retrouvera tous ces pauvres proscrits dans le lexique; je me bornerai ici à en citer (pielipies-uns.
^accroissante.
Aihnonesicrncnt, remplacé par admonestation qui ne le vaut pas.
Adulater. Mous avons adulateur et adulation.
Apprcncui\ (jue Ton auiail pu i;arder comme on a i;artlé preneur.
Ar^ut^ subtil. Nous avons conservé argutie.
1. Contes et Discours it F,utrnp<-1^ par lo ton si'igru'iir de la Hérîssayp, lU-niu's, i585, iii-8"', p. njo, N i>yo/. .uissi sur ers i-liaiij^omciits tio noms, 11. lislii'uiu', p. j^j ot Miiv.
3. CuriosUfz frnriroiscs, i6 Jo, 8; .•/ivJtjMj; étrangers. C'fsl l'ouvrage que nous citons souvrut <lans le I^exique.
INTUODUCTIOÎV. 163
Js.siducr (.v'), se rendre assidu.
Assicgenient.
ÀssolciUcr, se mettre, se cliaufTer au soleil.
Bénevolence . Nous avons encore bénévolement. v
Brnillcrnent.'YoYvaé de brailler, comme bâillement de JKnller.
Hrii^anderie. Nous avons garde le verbe Ijrigander.
Chalanderie, marchandise. Nous avons gardé chaland et achalander.
Computer. Tout en remplaçant ce verbe par supputer, nous avons conservé eom|)ut.
Considéré., sage, avisé. Nous n'avons plus que le négatif inconsidéré.
Contrecarre^ opposition. Il nous est resté le verbe contrecarrer.
Défavoriser. Nous avons défaveur et défavorable.
Desservice. On a gardé desservir.
Disposition, agilité. L'adjectif dispos, aujourd'hui sans féminin, en avait un, disposte^ qui a disparu.
Emerveillable.
Entr''ouir. Nous avons les verbes voir et entrevoir. La nuance qui sépare ces deux mots où il s'agit du sens de la vue, on la [possédait pour le sens de l'ouïe avec ouïr et entr'ouïr. Rien n'a remplacé ce dernier verbe, dont la perte est vraiment regrettable.
Enfourner. Nous avons, dans un sens restreint, conservé le mot entournure.
Fiance. Nous avons ses composés, confiance, défiance et méfiance.
Gourmander, s'adonner à la gourmandise.
Hautainetéy hauteur (de caractère) .
/mpérier, commander. Impériosité., domination.
î64 LEXIQUE-
Nous n'avons conservé que l'adjectif impérieux.
Inscient, ignorant.
Larronner.
Livrancc. Nous avons: livrer, délivrer et délivrance.
Maiwaisticy mauvaise action.
Orer^ haranguer. Nous n'avons plus que le composé pérorer.
Pérégriner . Pérégrination et pérégrinité nous sont demeurés.
Perturber. Nous avons les substantifs dérivés de ce verbe, perturbateur et perturbation.
Fourchas . Nous n'avons plus que pourchasser.
Honipure, son proche parent rompement ne tardera probablement pas à disparaître, car il ne s'emploie plus que dans une seule locution, qui est même peu usitée : rompement de tête.
Malgré l'étendue des ouvrages de Brantôme, l'orthographe de ses manuscrits, que nous avons suivie fidèlement en respectant son irrégularité, ne nous fournit, sur la manière dont on prononçait le français, que peu d'indications précises. D'abord, il faut tenir compte de la prononciation qui lui était personnelle. Arrivé jeune à la cour, il y avait apporté son accent périgourdin; et il n'en avait certainement rien perdu quand il la quitta au bout de 23 ans, car il n'avait eu ni à en rougir, ni à s'en préoccuper, au milieu de cette foule d'Italiens et de Méridionaux dont il était entouré. La trace de cet accent se retrouve fréquemment dans ses manuscrits, soit qu'il les écrivît lui-même, soit qu'il les dictât à son secrétaire Mathaud, périgourdin comme lui. Ainsi il écrit: aumenter^ aJotter, bluphéme, cattif (captifj, cours
INTRODUCTION. Ifi-i
(course), rA //(?/•, (/on/ (donc), espe'ci'al, ejintio/i,/>&ef/i' toire^ etc. L'x « que l'on commencoit (brlà quitter^ )> cl il II. Estienne, a pour lui la même valeur que l's : expire et exinon (espier , espion) , excorie , escorte, etc*.
Toutefois en dehors de ces particularités qui lui sont personnelles , les manuscrits nous permettent à^en signaler quelques autres qui sont certainement caractéristiques de la prononciation usitée à la cour et à Paris. Telles sont les suivantes :
L'a remplace l'e : guarir, ra parution, sarrurierj sarment {\wiiv serment; ce que II. Estienne (p. 298) appelle un petit parisianisme de la place Maubart) ; dernandnrent, manquarent, osarent, etc.
Le b est substitué au p dans quelques mots comme accoubler, rouble, Constant! noble^ ,
L'e prend la place de l'a, mais rarement : cherbon, cherbonnier ; merque pour marque.
Le g est la consonne dont la prononciation varie le plus. Tantôt il est l'équivalent du j [Digon pour Dijon; rangoil pour rangeoit; songa pour songea); tantôt il est dur [geule pour gueule). Ailleurs il rem-
1. Henri Estienne se trompe (p. SSa et suiv., ^73) en attribuant uniquement à l'influence italienne cette prononciation à laquelle aujourd'hui encore on reconnaît sans peine les gens du midi, qu'ils soient gascons ou provençaux.
2. « Aucune foes le p latin se tourne an b, pour l'afinité qu'iz ont ansemble, comme de apricus^ abri; combien qu'il sinifie tout le contrere de son origine. Et pourtant cens me semblet vouloir être trop sutiz (subtils) qui ecrivet Constautinople pour Constantinohle ; car combien qu'en ce mot le b nous aporte, ce samble, autre origine que le vrei, si étce qu'il le faut andurer aveq la prolacion, joint qu'il net point autrement mal apliqué. {^Dialogue de Portografe e prononciacion francoese^ par J. Peletier, du Mans, Poitiers, i55o, ia-8, p. gS-gô.)
place soit le q [guet pour quai) , ou le ch [reçange pour revanche), soit le c {cagade pour cacade, gallemard pour callemard), qui à son tour le remplace aussi quelquefois [crotte ^^owv grotte). Dans le pronom qui l'i s'ëlidait devant le (leurs marys qu'estant là bas, IX, 654); dans le pronom il ou Hz l'I ne se prononçait pas et l'emploi fréquent de qui pour qu!il rend parfois obscures bien des phrases de Brantôme. La diphtongue eii avait le son u que lui donne encore de nos jours le peuple de Paris.
Avant la seconde moitié du XVP siècle une lutte avait commencé au sujet de la dipthongue oi que les uns voulaient continuer à prononcer oué, tandis que d'autres^ à la cour surtout, lui donnaient le son de è, qui a fini par prévaloir. « On n'oseroit, fait dire H. Estienne à l'un de ses interlocuteurs (p. 22), on n'oseroit (à la cour) dire François ni Françoise, sur peine d'estre appelé pédant ; mais faut dire Francès et Francèses, comme Angles et Anglèses; pareillement : j'estès, je faisès, je dises, j'allès, je venès, non pas : j'estois, je faisois, je disois, j'allois, je venois^ » Brantôme, qui pour rien au monde n'aurait voulu mériter le nom de pédant, a certainement suivi la mode de la cour; mais il ne faut pas s'étonner si l'on n'en retrouve pas le moindre vestige dans ses écrits, car le grammairien J. Peletier, que nous venons de citer, a soin de nous prévenir que, pas' un de ceux qui prononçaient /'«/^i',/V! fesh^ n'aurait osé écrire autrement que j allais^ je faisois *. Ce ne
I. Ailleurs il dit (p. 114) : « Je dis que bon francès c'est mauvais françois. »