‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 108 sur 251 · Je baise les mains au seigneur Pilate · texte numérisé non relu

Je baise les mains au seigneur Pilate

6. Var. Comme, dist-il après, le remerciant et scachant bon gré de quoy il avoit sententié Jesus-Chrit. (Ms. 3273, ibid.)

KSPAIGNOLS.

petits enfans à l’entour d’elle qui ne faisoient que crier et l’importuner, il dit : Que no vive aun et rey don Herodes para vengarme de est os niiios 1 / Inférant par là qu’il eust voulu le rov Hérodes encor revivre, pour faire un second massacre de petits innocens, afin que pour luy il n’eust plus la teste rompue du cry de ces petits enfans. Quelle religion !

Un autre soldat, sortant de malladie et d’une grand’ fiebvre chaude, allant à l’église remercier Dieu pour sa guérison, il dist et salua ainsi : Beso las manos, senor Jesu, y Combien a vos, san Pahlo y san Pedro, y a todos vosolros apostoles y otros santos de vida eterna' ; et se tournant vers sainct Anthoyne peint avec sa grande barbe blanche, il dit : Y no a vos, barba blanca, que tan mal su fuego me trato, y me quemo en mis calenturas ’.

Le brave M. de Bayard ne fit pas cela; lequel,

t . Ah ! que le roi Hé rode ne vit-il encore, pour me délivrer de ces enfants.

2. Je vous baise les mains, seigneur Jésus, et à vous aussi, saint Paul, saint Pierre, et à tous les autres apôtres et saints de la vie étemelle.

3. Mais non point à vous, barbe blanche, dont le feu m’a si mal traité, et m'a tant brûlé pendant ma lièvre.

Var. Il maudissoit la challeur et le feu qu’il avoit enduré en sa (iebvrc, réputant le tout à monsieur sainct Anthoyne.

Je vis une fois un bandolier auprès de Narbonne qui me jura per cl higado de dios. Celluy là est fort escandaieux. Un autre me jura : Por la letania de los sanctos. Encore celluy est comme les autres précédens assez léger.

Les Italiens ne sont si divers en leurs juremens, mais ilz en disent de fort escandaieux et odieux , lesquels il vaut mieux taire que dire. Nos François sont grands jureurs aussi, rnesmes que le temps passé ce proverbe courroit : Il renie Dieu comme un ad-

ainsi que dit son roman 1 , estant un jour persécuté d’une forte fiebvre chaude, de telle façon qu’il en brusloit, il implora Monsieur sainct Anthoine en luy faisant telle oraison : « Ah ! monsieur Anthoyne, mon « bon sainct et seigneur, je vous supplie avoir souve- « nance lorsque nous autres François nous allasmes « jetter dans Parme, que les Impériaux vouloient « venir assiéger. Il fut arresté qu’on brusleroit et « abattroit-on toutes les maisons et églises qui es- « toient aux faux-bourgs. Je ne voulus jamais con- « sentir que la voslre fust abbattue, bien qu’elle « fust de grande importance ; mais je m’y allay jetter « dedans avecques ma compaignie, si bien que je x la garday, et demeura entière. » Ceste oraison faicte, au bout de huict jours M. de Bayard fut guéry.

A propos de baiser les mains , un preseheur, en Espaigne, preschant le premier dimanche de caresme, et touchant l’évangile de ce jour-là et de la tentation de Satan à l’endroict de Nostre-Seigneur, venant sur ce poinet qu’il luy dit qu’il se jettast du haut du pinacle du temple en bas, et que, puisqu’il estoit fds de Dieu, il serait aussytost relevé des anges sans se faire mal; sur ce le preseheur dit tels mots : Jésus, como caballero muy bien criatlo, respondio asi : beso las ma nos, seiior Satan. Tengo yo otra escale ra para baxar

venturier, mais aujourd'hui chascun s’en accommode. Dieu à tous leur fasse la grâce de s’en refformer. {Ibid.., (’ 481, v°.) t. Voyez le Loyal Serviteur, ch. lt.

2. Jésus, comme un cavalier bien appris, répondit ainsi : « Je

ESPAIGNOLS

Je sçay un très grand prélat' qui fit une quasi pareille faute (et sans penser) que celle-là, car je l’ouvs : lequel preschant ce mesme jour à Fontainebleau devant le roy, la reine et toute la cour, où il y avoit deux ou trois cens huguenots, et touchant ce mesme poinct de la tentation, il dict : « Hé! diable, mon « amy, que voiis ay-je faict pour me vouloir tenter « ainsi? » Ce mot là ne fust pas plustost dit qu’il fut relevé de plusieurs de l’assistance , mesmes des huguenots , qui s’en mirent à rire avecques une sourde rumeur, dont après ilz en firent bien leur profliet. Le sermon achevé, s’estant enquis à aucuns de ses gens pourquoy on avoit ry, ilz luy dirent parce qu’il avoit appellé le diable son amy ; dont il en fut sj fasché, qu’il dit l’avoir dit à l’improviste et sans y songer, et qu’il voudroit avoir donné dix mille escus, et tenir le mot dans la bouche.

Or il faut noter que aucuns de ces Espaignols ayment tant à dire de bons mots, qu’ilz n’espargneul ny religion, nv religieux, ny personne, ny chose quelconque qui soit.

J’allois un jour à Naples avecques le procache avecques qui vont toutes sortes de gens, selon la rencontre qu’ilz trouvent. Par cas, estoit avec nous le sergent majour de Naples, qui porloit le nom de Caravajal, gallant homme certes. 11 ne faut point demander si l'on est mal traicté par les mains de ce

vous baise les mains, seigneur Satan; j'ai un autre escalier pour descendre. »

t. Le cardinal de Lorraine. Voyez t. II, p, 877.

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