Élisabeth
2. Cette dame a tout l'air d’une tête de mort au bout d'un rosaire d'or ou de pierreries.
3. Ce que le capitaine a promis est encore en la puissance des Maures ; et si on le prend, il sera à nous autres soldats. Vovea donc où il prendra la dtme pour Notre-Dame,
ESPAIGN’OLS.
roit fort, il demanda à son médecin de l’eau de fontaine pour boire. Il luy respondit qu’elle luy feroit mal s’il en beuvoit, et qu’il n’en auroit point. L’autre luy respondit : Dadme pues un poco de agua ben dila para beber, que cosa tan bendita y sagrada no puede hacer mal'. Le médecin lui respondit : O ! hijo de puta, que habeis dicho ? Denle quanta agua quisiere *. Ainsy l’abandonna M. le médecin à boire son saoul d’autre eau, et ne toucher à l’eau béniste, qui a bien plus d’autres vertus que de la boire, ainsy que j’en vais faire un conte.
M. de Grignaux*, gentilhomme de Périgord, brave et très-habile en son temps, et chevallier d’honneur de la reyne Anne de Bretaigne, fut une fois envoyé en ambassade vers le pape Jules par le roy Louis XII son maistre. Par cas, un jour estant au palais de Sainct-Pierre, il veid sortir cinq ou six cardinaux, faisans bien des empressez, qui alloient jetler le diable hors du corps d’un pauvre homme. Il les pria de l’attendre un peu qu’il eust dict un mot à Sa Saincteté, et qu’il vouloit aller avec eux pour voir ce mystère qu’il n’avoit jamais veu. A qui ilz dirent, par une grande spéciauté, qu’il ne falloit pas qu’il y vinst, parce qu’il ne s’estoit pas confessé et mis en estât et bonne dévotion comme eux, d’autant que ces malins esprits souloient, quand on les chassoit
t. Donnez-moi donc un peu d’eau bonite pour boire. Une chose si, bénite et si sacrée ne saurait faire mal.
2. O fils de putain 1 qu'as-tu dit? Qu’on lui donne autant d’eau qu'il voudra.
3 . Brantôme a déjà raconté cette histoire dans la première rédaction de l’article oonsacré à Trivulce. Vo y. t. il, p. 224, note.
SERMENS ET JUREMEYS
d’un corps, s’aller aussy tost rejetter dedans un autre s’il se trouvoit en son chemin, et n’estoit en bon estât que doit eslre un vray et bon chrestien et catholique; et parainsy ce malin esprit, estant par eux chassé du corps de ce pauvre homme, pourroit entrer dans le sien, le trouvant tout immonde et honny. A quoy M. de Grignaux respondit promptement : « Le prenez-vous là? j’y ay trouvé un bon remède; « car je me jetteray tout chaussé et tout vestu dans ;< le grand bénistier, et m’v plongeray jusqu’à la « gorge. Mais, avant, je prendray de l’eau béniste « ma pleine bouche ; et, lorsque vous aurez faict vos « oraisons, imprécations et brinborions, et que je « pourray au plus près cognoistre que ce diable vou- •< dra sortir, je commenceray àjetter par ma bouche, n et rejaillir peu à peu mon eau béniste, et l’entre-. « tiendray toujours ainsy jusqu’à ce que le diable « aura sorty par la vitre, ou rentré dans le corps de « quelqu’un de vous autres, qui n’estes pas plus nets, « ni ne valiez pas plus que moy, et estes pires que « le diable. Car, Pasques-Dieu (tel estoit son ser- « ment), vous estes, et votre maistre, tous traystres, « qui ne faictes que trahir et tromper le rov mon « maistre; » ce qui arriva puis après. Voilà donc comment M. de Grignaux, voulant mettre ordre aux trous du haut et du bas, par là où il présumoit que diable deust passer, fit approuver à l’assemblée que le remède estoit très-bon, et qu’il verroit tout le mystère sans danger et fortune.
Je tiens ce conte d’un vieux gentilhomme mon voisin, qui disoit le tenir de feu M. de Bourdeille mon père, qui estoit parent et bon amy de M. de
ESPAIGNOLS
Grignaux, et aussi bon compaignon que iuy ; lesquelz tous deux, et en France, et au dehors aux guerres d’Italie, en avoient lait de bonnes en leur temps, bien que mon père fust plus jeune, car il estoit page de la reyne Anne, allant toujours sur son premier mulet de devant sa litière, qui estoit un grand honneur de ce temps, que M. de Grignaux estoit desjà chevallier d’honneur de ladicte reyne, laquelle (sortant hors de page) le luy donna pour le mener aux guerres de Naples. Je sçay plusieurs bons contes de tous deux, qui sont subelins, et qui lèvent la paille, dont j’en conte aucuns en mes autres livres 1 .
Or bien que ce conte soit joyeux et ridicule, il faut toujours confesser et avouer que l’eau béniste a de très-grandes vertus et propriétez , soit contre ces esprits malins, soit pour les foudres, tempestes, orages et tonnerres , pour le feu et embrasement, bref pour une infinité de choses dont l’on a veu de grands miracles.
Je cuydois n’allonger ce petit traicté des Juremens espaignols tant comme j’ay faict. Mais, comme un » propos ameine l’autre, je me suis perdu un peu en ces petits contes précédens, qu’il vaut mieux dire que raconter ces énormes juremens et blaphêmes, qui sont par trop scandaleux, et très-nuisibles à l ame, et plus qu’on ne pense; et m’estonne qu’on ne s’en corrige mieux qu’on ne faict. Mais, à ce que j’ay veu et pratiqué, il n’y a guières peuple, de quelque nation que ce soit, qui ne s’en ayde fort vilainement. Les François s’en accommodent aussy bien