‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 115 sur 251 · Voytt plus loin la Vie d'Anne de Bretagne · texte numérisé non relu

Voytt plus loin la Vie d'Anne de Bretagne

que les autres, et mesmes les Gascons, voire plusieurs Francimans , et surtout les soldatz et advanturiers de guerre, ainsi qu’en couroit le temps passé le proverbe : « II jure comme un advanturier, ou comme un sergent qui prend et tient son homme au collet. » Les lansquenets jurent estrangement aussy. Bref, tous s’en aydent, et principalement les Italiens; car ilz prennent Dieu, la Vierge Marie, et tous les saincts et sainctes, par le haut, par le bas, par le mitan, que c’est chose fort abhorrable. Ceux qui en ont pratiqué le pays en confirmeront mon dire.

Je vis une fois (je ne diray plus que eestuy-cy) un capitaine de gallères italien, genevois', que je ne nommeray point, qui suivoit M. le grand prieur de France, de la maison de Lorraine. Estans sur mer, ainsy que nous estions prests à passer le goulphe de Livourne, qui est très-dangereux, jouant aux dez contre un autre, luy ayant livré dix pour son poinct et sa chance, et rencontré et pris pour luy quatorze, il se mit, en tirant les dez, à dire par trois fois : Fa quattordici, messer Domeneddio , u tu perdi un anima chrisliana \ En ce disant, il fit la chance de son homme, et luy perdit. Puis, continuant et renforçant plus vilainement son blaphème , il dist : Yo so ben che messer Domeneddio mi vol dar oggi qualche stretta; ma, lu mentirai , dit-il en regardant le ciel, ch' io no giuocaro piu *. Et prenant les dez, il les jetta

Page 1