FIN DES SEBMENS ET JUREMENS ESPAIGNOLS
M. DE LA NOUE'
A SÇATOIK A QÜI L’ON EST PLÜS TENU, OD A SA PATRIE, A SON ROY OU A SON BlEKFACTEUR *.
J’estois un jour en honneste compaignie d’honnestes seigneurs et dames; et ainsi qu’on se rencontre à discourir, parmv ces honnestes personnes, de plusieurs subjects, nous vinmes à tomber sur M. de la Noue, duquel on ne se peut assez saouler de dire les biens, les vertus, les valeurs et les mérites qui estoient en luy ; si bien qu’il fut tenu estre resté le plus grand capitaine que nous eussions aujourd’hui
t. François de la Noue, dit Bras de fer , né en 1531, blessé mortellement au siège de Lamballe et mort quelques jours après, le ft août 1 591 .
2. Dans les anciennes éditions et dans l’édition Monmerqué, ce Discours est mis entre la vie de M. Parisot et celle de Charles IX. Rien n’autorisait à l'insérer en cet endroit, car il ne figure ni là, ni ailleurs, dans aucun des manuscrits que nous avons consultés; et sa forme , son titre et enfin la place que lui donne Brantôme, dans l'énumération de ses ouvrages (voyez t. I, p. 82), démontraient suffisamment qu’il formait un traité séparé. Nous lui avons donc v conservé la place qu'il occupe avec raison dans l’édition Bucbon.
En l’absence de manuscrit, nous avons reproduit le texte des éditions antérieures.
M. DE LA NOUE
en France. On conta comment, estant sorti de page d’avec le roi Henry son maistre, il fit son apprentissage sous luy, et de ses voyages qu'il fit en Picardie et frontières de Flandres, où luy-mesme estoit tousjours général et conducteur de ses armées. Aussy les plus vieux capitaines ne luy eussent sceu rien apprendre soubs un si bon maistre et guerrier, puisque soubs meilleur il ne pouvoit. ï/edit seigneur de La Noue apprit donc là ses rudimens de guerre, puis s’en alla en Piedmont avec M. d’Amville, connue j’ay dict ailleurs, où il se trouva en plusieurs combats, et mesmes en un qui fut faict au Pont-d’Asture', où il y eut une delfaicte de cinq cens Espaignols naturels, qui le fit fort valoir et estimer.
Nos guerres civilles estant survenues, il se mit à suivre le party de la religion, de laquelle il estoit grand zélateur ; et aussy que M. l'admirai, voyant sa suffisance, l’avoit attiré pour autant se décharger de son grand faix, ainsi qu’il le servit très-bien et le soulagea fort; car dès-lors il commençoit à estre bon capitaine, d'autant qu’il aymoit fort à lire, et ce qu’il lisoit il le pratiquoit très-bien quand il estoit en sa charge de guerre; et aussy qu’il en aymoit fort à discourir, comme je l’ay fort ouy attentivement bien souvent, et appris de luy-mesme au voyage d’Escosse que nous fismes, lorsque nous allasmes conduire la pauvre feue reyne de France martyrisée *.
La seconde guerre venue, il fit un grand service à son party; car messieurs le Prince, l’admirai et