‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 121 sur 251 · En 1374. — 2. Ramenteus , rappelai · texte numérisé non relu

En 1374. — 2. Ramenteus , rappelai

M. DE LA NOUE

cour quelques six mois après Monsieur, fut eslu chef général de la religion, comme luy appartenoit, puisqu’il en estoit des fermes, et veu sa grandeur. M. de la Noue l’assista tousjours si bien en ces guerres de Gascogne, que luy, qui estoit jeune prince et peu pratique aux armes, mais pourtant vif et de gentil esprit et courageux, moitié de son instinct et moitié de ce qu'il voyoit faire à M. de La Noue, l’imitoit; et fit si bien, que c’est aujourd'hui un des grands capitaines et roys et princes de la chrestienté.

Le roy de Navarre, la paix venue, le fit surintendant de sa maison, qui estoit un très grand honneur pour luy; mais ayant esté appellé par le prince d’Orange et les Estats des Pays-Bas, sur le résonnement de son nom et de ses beaux faits, qui s’espandoient partout, fut esleu par eux leur mareschal-général de camp, et supplié de l’accepter, avec de beaux partis et appoinctemens qu’ilz lui présentoienl '. Il quicta cette surintendance ; et luy, qui n’estoit si bon œconome comme bon guerrier, changea le ménage avec la guerre, qui luy estoit plus propre; ainsy que le roy François I sceut très-bien remonslrer une fois à feu M. de la Pallice, dit mareschal de Chabanes, lequel, désirant (à son advènement à la couronne) récompenser M. de Boissy, qui avoit esté gouverneur de son enfance, et ne sçachant estât en son royaume plus propre pour luy que celuy de grand-maistre, pria M. de La Pallice de luy résigner l’estât de grand-maistre qu’il avoit eu du roy Louvs XII, et qu’il le feroit en eschange mareschal

t. En 1578.

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M. DE LA NOUE

de France, estant bien plus de raison que luy, qui toute sa vie avoit manié les armes, eust un estât qui luy fust plus convenable à sa profession, à son mestier et exercice, qu’un autre où il n’avoit jamais esté bien ny advenant : ainsy, par ces belles raisons, l’eschange se fict. J’ay dit cecy ailleurs 1 , mais c’est tout un.

M. de La Noue en fit de mesmes, lequel quitta le bureau et la marmite, et l’économie du roy de Navarre pour aller guerroyer en Flandres. M. d’Estrozze et moy le vismes partir de France; et, sans M. d’Estrozze, je m’estois desbauclié et résolu d’aller avec luy; mais il me retint, et me pria de n’y aller point. Que maudicte soit l’heure que je le crus ! car je serais maintenant mort avec gloire, ou je vivrais plus heureux que je ne suis. Ce n’est pas la première fois que mondict sieur d’Estrozze a retardé aucunes bonnes fortunes qui se sont présentées à moy ; mais je l’aymois tant, qu’il disposoit de moy comme il vouloit.

Voylà doncM. de La Noue en Flandres, où il fut receu avec une très-grande joye, allégresse et admiration de tous les Estats, qui pour lors avoient une armée de cinquante mille combattans. Et vint bien à poinct d’avoir recouvert pour ce coup un si grand capitaine, d’autant que dom Juan d’Austrie leur donna pour un matin une camisade si chaude et si serrée, que, sans la bonne conduicte et l’assistance de RI. de La Noue, et la vaillance de sept ou huit

t . Dans la première rédaction de la notice sur M. de Chièvres. Voyez tome I, p. 218, note.

M. DE LA NOUE

cens François qui se trouvèrent là, qui ne iàisoient qu’arriver, toute leur armée estoit defl’aicte, comme les Espaignols le sceurent très-bien dire.

Je ne conteray point les beaux exploicts d’armes qu’il a faicts, les beaux combats, les belles rencontres, et surtout les prises de villes fortes et imprenables qu’il a emportées par surprises, par escalades, voire en plein jour, et mesme celle où il prit le comte d’Aiguemont 1 2 3 , bien jeune alors en tout, mais despuis qui s’ estoit bien faiet, ainsy qu’il le monstra dernièrement en la battaille d’Yvry, où il mourut à la teste de ses troupes, aussy vaillamment que jamais liomme mourut en guerre; et fit bien paroistre qu’il estoit fils de père, et que, s’il eust vescu autant que luy, se fust rendu esgal à luy, car il estoit vaillant; et tout vaillant, avec le temps, et si nature luy donne le loysir de vivre, se fait grand capitaine, comme je le tiens des grands.

Enfin, comme Mars est tousjours douteux autant que dieu qu’ayent jamais inventé les poètes, tourna la chance à M. de La Noue, et fut pris en une rencontre petite*; petite l’appellè-je, car il n’avoit qu’une poignée de gens : et de ceste rencontre et prise (de laquelle j’espère parler ailleurs) estoit chef le marquis de Richebourg *, autrement dict le marquis de Ranly, lequel, au commencement que M. de La Noue alla en Flandres (ainsy que je le tiens de

1 . Le comte Philippe d'Egmont fut surpris dans Ninove par la Noue en 1880. Voyez de Thou, liv . LXXI.

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