Robert de Melun, marquis de Richebourg
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plusieurs capitaines qui estoient avec luv), estoit fort nouveau, suivant le party des Estais, et, apprenant ses principales leçons de M. de La Noue, se rendit en un rien si bon capitaine, qu’il est mort (ayant changé sa robe) l’un des bons que le roy d’Espaigne eust là-bas. Il mourut à ceste estacade d’Anvers'; j’espère en parler ailleurs, pour estre l’une des belles choses qui aye esté faicte en ces guerres civilles gauloises.
Ledict marquis ne traicta moudict sieur de La Noue à sa prise comme il devoit, et comme le disciple le devoit à son maistre ; et fit fort peu de cas de luy, comme de l’incognu à l’incognu. Pour fin, il fut livré à l’EspaignoI, qui le met en une prison si estroicte, qu’il n’en sceut jamais sortir qu’au bout de cinq ans et demy, qu’il fut délivré par le moyen de messieurs de Guyse et Lorraine, où il y eut de trèsgrandes cérémonies, que, sans ces deux princes, mal aysément il fust sorty*. Je le sçay aussy bien qu’homme de France, pour en avoir parlé à feu M. de Guyse pour luy assez de fois ; et la première
t. Le 4 avril 1585, les AnverSois, assiégés par le prince de Parme, dirigèrent des brûlots contre une estacade construite sur l'Escaut et qui fermait l’entrée de leur port. Cette entreprise ne réussit qu’à moitié. L’un des brûlots, en éclatant, fit sauter une partie de l’estacadc et tua environ huit cents Espagnols. Voyez de Thou, liv. LXXXI11.
2. Il fut échangé, en 1585, contre le comte Philippe d’Egmont, aux conditions suivantes : II dut promettre de ne jamais servir contre Philippe II et de ne porter les armes contre qui que ce fût sans l'ordre du roi, et de plus, comme gage de sa parole, fournir une caution de cent mille écus d’or, dont se rendirent garants le roi de Navarre, le duc de Lorraine et le duc de Cuise. (Voyez de Thou, liv. LXXX1II.)
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fois ce fut à la chambre de la revne à Sainct-Maur, après la routte de M. d’Estrozze vers le Portugal.
Estant donc sorty, et accomply quelques solemnitez promises en sa délivrance, l’occasion se présentant pour servir le roy, partit de Sedan avec quelques trouppes, et, se joignant avec quelques partisans du roy (comme avec M. de Longueville le général, et qui pour son aage promettoit d’estre un jour aussy grand capitaine qu’aucun de ses généreux ancestres), il vint droit à Senlis, que pour lors M. d’Aumale lenoit estroictement assiégé ; et, encor qu’il fust beaucoup plus fort, M. de La Noue ne refusa le combat et luy livra la battaille, si bien mise en ordre, si bien arrangée et si bien conduicte, qu’il la gaigne, et donne la chasse audict M. d’Aumale et à ses gens, luy en delfaict grande quantité morts par terre, et lève le siège de Senlis : ce qui ne fut pas un petit service et léger faict au roy, d’autant que M. du Mayne, accompagné d’une armée de quinze mille hommes, tous enragez, désespérez de la mort de leur brave M. de Guyse, et tous enflambez pour venger sa mort, avoient donné dans les faubourgs de Tours, les avoient faussez et fait une grande escorne au roy, qui n’estoit assez bastant de forces, encor qu’il se fust aydé de frais de celles du roy de Navarre; car volontiers on quitte un vieil ennemy, et s’ayde de luy pour se venger du nouveau. Et M. du Mayne tenant la campaigne, estant bravigant car c’est la plus belle chose qu’il aye faicte en ceste guerre, et sur le poinct de faire encore quelque chose de nou-
t . Bravigant, faisant le fanfaron; en italien braveggiare.
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veau et de plus beau, comme d’empescher Sa Majesté de passer la Loyre, et le cogner de deçà, les nouvelles vinrent de ceste bataille de Senlis gaignée par M. de La Noue : non que je veuille dire que M. de La Noue seul l’aye gaignée, car je ferois tort au brave M. de Longueville et autres braves seigneurs qui estoient avec luy; mais on ne sçauroit nier qu’il n’en fustbien l’autheurdu gain, à cause de sa grande suffisance et le bel ordre qu’il y mit.
Ces nouvelles donc arrivées au camp de M. du Mavne, et les Parisiens espouvantez de ce grand choc de fortune, mandèrent viste à M. du Mayne, et le pressèrent de rebrousser et d’aller à eux ; ce qu’il luy fallut faire, estant sur le poinct le plus beau de ses affaires; ce qui donna le temps et loisir au roy de se redresser, se renforcer et passer la rivière à Gergeau qu’il força, et tira droit à Paris; à sa mal’ heure très-grande, car il y fut tué.
Or, ainsv que j’allois disant et publiant les louanges, valeurs et vertus de ce grand M. de La Noue, il y eut une personne de la compaignie, que je ne nommeray point, ny son sexe, mais bien sa qualité, qui estoit grande et haute, et avec cela fort spirituelle, et sçavoit les affaires du monde', qui me prit par la main et m’arresla, ne voulant permettre que j’en parachevasse le cours, et me dit : « Certaine- « ment, M. de La Noue ne se sauroit tant louer « comme ses mérites le portent; mais quand l'on « considérera ses ingratitudes, dont il a eu le blasme « d’estre fort remply, il se trouvera fort estrange-
t . Probablement Marguerite de Valoi*.
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« ment souillé, et si bien, que tant de belles vertus « qu’il porte sur luy ne l’en sçauroient nullement « laver; car il faut dire que c’est le plus ingrat gen- « tilhomme que jamais nasquit en France. » Et ceste personne disoit qu’elle le tenoit ainsy du roy et de la reyne.
Aux premiers troubles, il se banda du tout contre les petits enfants du roy son maistre, qui l’avoit nourry page, aymé, eslevé et fort chéri ; mesmes que le plus souvent il ne faisoit guières partie à la paulme qu’il n’y appellast La Noue, car il estoit des plus adroits et parfaicts, mesmes qu’on ne parloit que des revers de La Noue, qui certes estoient beaux, bien tirez et de bonne grâce, et d’une terrible force ; si bien qu’il le faisoit cognoistre par tous ceux de sa cour. En temps de guerre, s’il 1 rompoit une lance, il* publioit qu’il en avoit rompu trois; qui certes estoit une grande bonté et faveur de maistre, et grande obligation au subject. Pour récompence, il fit la guerre du tout en tout à ses enfants mineurs.
La seconde guerre, il y retourna encor et prit Orléans, comme j’ay dict. Aux troisiesmes troubles, il fut pris à la battaille de Jarnac, duquel M. de Montpensier, indigné à toute outrance contre les huguenots pour leur religion, et pour luy avoir fait de frais quelques petites galanteries à la prise de la ville de Mirebeau, sollicitoit fort la mort; mais, Monsieur, pour lors notre général, luy sauva la vie, aussi bien là comme à la battaille de Montcontour, où il fut pris pour la seconde fois.