‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 124 sur 251 · En ce, en ce but · texte numérisé non relu

En ce, en ce but

M. DE LA NOUE. ÏI7

conscience en soy, pour se parjurer si souvent et estre ingrat contre Sa Majesté, que j’ay ouy dire par gens qui le tenoient de luy, qu’il prit la résolution de ne plus guerroyer sa patrie et son rov, ains ailleurs aller porter son ambition (car il en a eu plus qu’homme du monde, je dis d’honneur, mais non guières de grandeurs et de biens) en pays estranger. Parquoy, s'en alla en Flandres, où y ayant guerroyé quelque temps assez heureusement et glorieusement, fut enfin prisonnier de guerre et confiné dans une prison si obscure, si estroicte et si misérable, qu’il n’en attendoit que d’heure à autre la sentence de sa mort, sans aucun espoir d’en sortir, non plus qu’un pauvre criminel serré dans un cachot, jusqu’à ce qu'au bout de cinq ans et demy M. de Lorraine, qui l’avoit cognu à la cour fort familièrement, et fort aymé, et joué souvent ensemble, eut compassion de luy, et traicta et moyenna si favorablement sa délivrance à l’endroit du roy d’Espaigne, qu’il l’obtint contre tout espoir humain.

Ce grand M. le duc de Guyse n’y espargna de son costé nv sa faveur ny son labeur, ainsy qu’d n’a sceu s’engarder d’en dire et confesser la vérité dans son manifeste et déclaration* qu’il a faicle sur sa

1. Voyez Déclaration de F. de la Noue pour la prise et armes et la défense de Sedan et de J omets , Verdun, 1 588, in-8“; elle a été réimprimée dans les Mémoires de la Ligue , t. II, p. 434-471, édit, de 1 590, in— 8° . Le duc de Bouillon, Guillaume-Robert de la Mark, avait nommé la Noue son exécuteur testamentaire et le tuteur de sa sœur Charlotte, et celui-ci eut à défendre l'héritage de sa pupille contre les prétentions de Charles II, duc de Lorraine.

M. DE LA NOUE

prise des armes pour la deffense des villes de Sedan et Jamets, frontière du royaume de France, etsoubs la protection de Sa Majesté. substance de ces paroles est donc telle ' : * Que monseigneur le duc de e Lorraine, outre autres seuretez, s’obligeoit au roy « d’Espaigne, pour luy, de la somme de cent mille « escus, et en son deffaut, un prince d’Allemagne « ou un canton des Suisses : que je luv consigne- « rois aussy mon second fils pour un an en ostage à « sa cour : davantage , que ledict sieur et mondict « sieur le duc de Guyse promettoient, par un eserit « à part, signé de leur main, que je ne porterais les « armes contre le roy d’Espaigne. De tous lesquelz « liens les Espaignols me lièrent comme s’ilz eus- « sent eu à craindre qu’un petit soldat comme moy « vinst tost ou tard à altérer le cours de leur vieil toire : duquel pensement j’estois très-éloigné, et ne « tendoit mon afTection qu’à parvenir jusques en ma h maison pour m’y reposer et rendre grâces à Dieu « de ce qu’il m’avoit tiré de l’ombre de la mort et « du sépulchre. Estant arrivé en Lorraine, je com- « muniquay avec lesdicts princes, pour sçavoir s’ilz « me vouloient gratifier de ceste obligation; ce « qu’ilz m’accordèrent très-libéralement, moyennant « que Sa Majesté Très-Chrestienne le consentist; « vers laquelle j’allay, et ne pus obtenir son con- « sentement, sinon que je luy promisse de ne porter « les armes sans son exprès commandement et con- « sentement, ce que j’accorday : et tout aussitost « elle eserit à monseigneur le duc de Lorraine qu’il

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