‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 125 sur 251 · Voyez Déclaration , p · texte numérisé non relu

Voyez Déclaration , p

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« pouvoit respondre pour moy au roy d’Espaigne ; « ce qu’il fit avec ces conditions : que je luy obli- « gerois cent mille escus sur tous mes biens pour « gage de son obligation, à quoy je satisfis ; après, « que je luy promettois de ne porter armes contre « luy et son Estât, ce que je luy promis aussi, en cas « que cela ne contrevinst en ce que je devois d’o- « béyssance, de servitude et de fidélité à la couronne « de France et au roy mon souverain seigneur. Le « tout parachevé, je me despartis desdicts princes, « ayant esté bénignement accueilly d’eux, et m’en a allay à Genesve, où je choisis ma demeure pen- « dant ceste misérable guerre. Au bout de deux « mois, mon fils', que je retiray d’auprès du roy de « Navarre, arriva vers moy, et l’envoyay en ostage à « Nancy, où il a receu de la courtoisie tant qu’il y a « demeuré. »

En peu avant ces paroles escrites, il en dit d’autres qu’il faut bien escrire aussi, qui sont telles* : « La « première cause du bénéfice de ma délivrance fut « la bonté de Dieu qui se souvint de mon affliction ; « la seconde, le prisonnier que je tenois, pour lequel « je fus eschangé, qui estoit de beaucoup plus grand « prix que moy; et la tierce, l’obligation de cent « mille escus, faicte par le roy de Navarre sur ses « biens de Flandres, pour la seureté de ma promesse « de ne porter jamais les armes contre le roy d’Espai- « en ses pays. »

1. Od et de la Noue, seigneur de Téligny, mort à Paris en août 1618.

t. Vovej Déclaration, p. 433.

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Or, sur toutes ces paroles, réplique M. de Lorraine : que, pour la première cause de la délivrance attribuée à Dieu, il passe cela fort aysément, d’autant que, sans la bonté divine, tous les effects humains sont très-inutiles et vains; et quant à la seconde touchant l’eschange, c’est sçachans tous, et M. de La Noue ne le sçauroit desnier, ou sa femme ou autres personnes qui ont négocié pour luy, que, sans les entremises et prières de luy, l’eschange ne se fust jamais fait; car le rov d’Espaigne ne le voulut, ny nostre roy ny nostre reyne, qui estoit fort proche du prisonnier 1 2 , qui sollicitoit fort et ferme la délivrance de son parent, mais nullement l’eschange.

Et moy, Branthome, qui escris cette histoire, j’en puis porter asseuré tesmoignage; car, comme amy intime que je suis dudict M. de La Noue, j’en parlay au feu roy à Sainct-Maur, un peu advant les nopces de M. de Joyeuse*, et le suppliay pour ayder sa liberté. Il m’en refusa tout-à-trac, et me dit semblables mots : « La Noue m’a si souvent rompu sa foy, « et si mal recognu les grâces et les plaisirs que je « luy ay faicts, que jamais il n’en recevra de moy. » J’en suppliay la reyne sa femme, allant un jour à la messe à Sainct-Maur, et M. de Mercure, estant au dict Sainct-Maur un jour assis près de luy dans la chambre de la reyne mère, qui me firent semblables responses, me reprochans fort son ingra-

1 . Le prisonnier dont il s'agit, Philippe, comte d'Egmont, était neveu de Marguerite d'Egmont, mère de la reine Louise.

2. Anne de Joyeuse épousa Marguerite de Lorraine, s«ur de la reine Louise, le 2 (t septembre 1381.

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titude, encore que je la rabatisse de tout ce qu’il falloit. Estoit avec moy un solliciteur dudit de La Noue, qui estoit un grand homme blond, qui n’avoit à la cour autre recours qu’à moy. Je ne sçay s’il vit, mais luy, lisant cecy, m’en pourra desmentir.

11 y avoit aussi un autre poinct : que le roy d’Espaigne ne vouloit nullement la liberté dudict M. de La Noue, ainsi qu’il paroist bien par la longueur du temps qu’il l’a tenu en prison et par les liens estroicts dont ledict sieur de La Noue advoue estre lié en sa capitulation, estant le naturel du roy espaignol de se craindre et de se deiïaire, en quelque façon qu’il puisse, d’un grand capitaine qui luy soit ennemy et peut nuyre, tesmoings le prince d’Orange et autres, et aussi de gaigner et de rechercher celuy qui beaucoup luy peut servir; de façon qu’il ne faut nullement doubler que, sans les grandes importunitez et prières de M. de Lorraine et de M. de Guyse, auxquels il portoit grande amitié et faveur, et les vouloit gratifier en tout ce qu’il pouvoit pour s’en servir au plus grand besoing, comme il a faict depuis de M. de Guyse, malaysément fust-il jamais sorty; jusques-là que l’on a tenu longtemps, et en Espaigne, et en France, et en Flandres, qu’il ne se pouvoit trouver aucun eschange pour faire avec M. de La Noue, sur sa délivrance, quelque grand seigneur espaignol, flamand, italien fust , fors le prince de Parme , s’il venoit à estre pris.

Voilà donc comment sa délivrance estoit du tout désespérée sans M. de Lorraine, ainsi qu’il ne se put

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engarder de le dire par ces mots en sadicte déclaration : « Je sçay bien, dit-il, que je suis accusé d’estre « ingrat envers mon bienfacteur, à cause que je porte « les armes contre lui; mais c’est en deffense que je « ne puis abandonner, sans estre convaincu de plus « grande ingratitude envers mon pays et mon roy » Voilà donc comment il appelle M. de Lorraine son bienfacteur, et confesse une petite ingratitude, craignant une plus grande.

Quant aux cent mille escus qu’il allègue estre la troisième cause de sa délivrance, ce sont abus; car ilz sont autant en la bourse du roy d’Espaigne comme cent grains de mil dans la bouche d’une truye; et que se soucie ce grand et riche roy de cent mille escus, puisqu’il en a tant de tous costez, qu’une si petite somme ne luy est jamais en ligue de compte, ny mesmes tumbée en ses coffres? De sorte que, si M. de La Noue les a livrez, ce qui n’est encore, le dict roy les a distribuez et donnez libérallement aux uns et aux autres, et mesmes à ceux qui l’avoient pris et tenoient en garde, encore qu’il les eust bien auparavant récompensez : mais les récompenses de ce prince à l’endroict de ceux qui les ont méritées ne portent point de bornes. Et si sadicte Majesté a fait coucher dans les articles de la capitulation lesdicts cent mille escus, ç’a esté plustost pour ces raisons que j’ay dictes, ou pro forma (comme l’on dit), que pour autre cause, ny pour les mettre dans les coffres de son espargne. Et jamais homme d’esprit qui entend les affaires du roy d’Espaigne ne tiendra

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