Dulce et décorum est pro patria raori
(Horace, Odes, liv. III, il.)
M. DE LA NOUE
dir, c’est d’avoir inventé que nos vies esloient à eux, desquelles ilz s’en servent, et de nous, comme de monnoye d’or et d’argent, qu’ilz font trotter, aller, virer, tourner, dépositer 1 2 de la mesme façon les uns comme les autres; et, après qu'ilz en ont faict, ilz nous plantent là, et ne s’en soucient plus. Ainsy que je me plaignois d’un prince qui m’estoit tenu et à qui j’avois faict deux bons services, n Ne sçavez-vous « pas, dit-il, que ces grands, quand ilz ont faict des « personnes, ilz les quittent? » Ce qui ne se doit pas faire pourtant; car roy et subjects sont noniina relata, en françois noms relatifs, ce disent les dialectitiens; c’est-à-dire qui sont conjoincts et qui se rapportent ensemble ; car, tout ainsy que le subject est tenu de servir son roy, aussi le roy est tenu d’avmer, maintenir et caresser son subject.
Il est bien vrav pourtant, et pour en parler plus sainement, que le subject est plus estroictement lié à son roy. Toutesfois, le roy ne le doit abandonner en sa nécessité, ny gourmander ou tyranniser ; autrement il met en désespoir le subject de faire beaucoup de choses qu’il ne devroit ni ne voudroit; ainsy que fut contrainet ce grand prince de Melfe’, lequel, après avoir faict, luy premier et quasi le dernier du royaume de Naples, ce que bon, loyal et vaillant subject pouvoit faire, assailly dans sa ville pillée et forcée, et luy pris prisonnier, jamais ne pouvant obtenir de l’empereur un seul denier pour payer sa rançon, fut contrainet d’avoir recours au