‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 134 sur 251 · Voyez du Bellay, année · texte numérisé non relu

Voyez du Bellay, année

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M. DE LA NOUE

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le roy ayant cognu et esprouvé sa grande loyauté après l’avoir envoyé deux fois en Espaigne pour sa prison vers l’empereur, M. de Bourbon vivant pourtant, le roy le prit en grâce et en son service, le remit en ses biens et luy donna honneurs et grades; car il le pourveut d’une compaignie d'hommes d’armes, de laquelle il s’acquitta très-honnorablement et vaillamment au royaume de Naples, où il mourut eu servant son roy loyaument, et aussy fidèlement en portant la croix blanche comme il avoit faict.M. de Bourbon portant la croix rouge.

Voilà l’humeur de ce grand roy de se servir d’un tel serviteur, si plein de gratitude et si recognoissant. 11 n’én fit pas de mesmes à l’endroict d’un serviteur dudict M. de Bourbon, chéry et très-aymé et favory de son maistre; je ne le nommeray point *. Il estoit père d’un grand d’aujourd’huy, et qui a un bon grade en France. Cestuy serviteur, et son premier valet de chambre, sçaehant tous les secrets de son maistre, d’autant qu’il se fioit en luy comme en Dieu, alla descouvrir au roy toutes les menées et manigances de son maistre de poinct en poinct, en luy monstrant le double de tous ses mémoires et instructions; de telle façon que, si le roy n’eust esté bon et sage roy, il mettoit la teste de son maistre sur un cschaflaut : mais le roy le voulut gaigner par douceur, comme il fit à Chantelie, lorsqu’il luy parla à son lict, faisant du malade. Certainement du pre-

i . C'est Jacques I, sire de Matignon, panneticr de François I", mort en 1537. Il fut père de Jacques II, sire de Matignon, maréchal de France.

M. DE LA NOUE

mier abord le roy fit bonne chère à ce serviteur ingrat, et l’estima pour ce coup; mais despuis et luy et toute sa cour l’estimèrent meschunt, ingrat, ingratissime, importun et très-odieux. Se trouvant une. fois eux dans la chambre de la reyne, luy et Pomperont, et devisans ensemble, le roy, les seigneurs, les gentilshommes et les dames les regardans, disoient tous d’une voix assez haute : « Il y a bien différence « de ces deux-là, l’un pour avoir esté traistre et très k ingrat à son maistre, et l’autre très-loyal et reco- « gnoissant, et très-homme de bien. » Et n’y avoit ny petit ny grand qui n’abhorrast l’un et n’estimast beaucoup l’autre et ne l’admirast.

Et si le roy a bien estimé le sieur de Pomperant pour sa générosité de bon et recognoissant naturel, l’empereur, de son costé, en fit bien de mesme à plusieurs serviteurs et honnestes gentilshommes dudict M. de Bourbon; car, ayant perdu leur bon maistre, ne sçaehant où se retirer, luy ayant recognu en eux leur fidellitez, loyales actions et amitié envers leur maistre, les retira à soy et s’en servit, et s’en trouva très-bien ; et si bien les rescom pensa tous, qu’il n’y eut aucun qui demeura pauvre. Cesdits gentilshommes, des plus remarquez, estoient les sieurs de La Mothe des Noyers 1 , Le Peloux, l’Allière*, Montbardon, Luringe, des Guerres* et

t . Charles de Chocques, seigneur de la Mothe des Noyers.

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