Le maréchal Damville
M. DE LA NOUE
« leur voudray mal, ny leur feray aucun tort ny « desplaisir, et en serois bien marrv. Tant s’en « faut, que je les feray conduire seurement où a ilz voudront : et à ceux qui voudront demeurer « avec moi et courir ma fortune, je leur auray une « grande obligation, et se ressentiront de moy en tout « ce que jepourray de la bonne fortune qui me vou- « dra rire. »
De ceux qui voulurent demeurer avec luy le nombre en fut plus grand que des autres qui s’en ostèrent d'avec luy et s’en allèrent; dont il y en eut deux que je ne nommeray point, qu’il y avoit longtemps qui avoient esté de sa maison ; entre autres un (je ne dirai point de quelle nation, car on le pouiToit cognoistre et le blasmer, ce que je ne veux, car il estoit fort mon amy), il y avoit trente ans qu’il servoit le maistre. Quand ilz vindrent à la cour et se présenter au roy, luy donnant à entendre que, comme ses très-humbles subjects et serviteurs, ilz s’estoient despartis d’avec leur maistre et de ses factions, veu qu’il se bandoit contre Sa Majesté, le rov les receut certes avec un bon visage; mais je sçay bien ce que je luy en vis dire par après , et se mocquer d’eux à part, et les tenir par trop ingrats et » de peu de cœur : et non luy seulement, mais toute la cour, les blasma et les monstra au doigt, pour avoir ainsy abandonne leur maistre en son bon besoing, soubs cette légère couleur qu’ilz ne vouloient point avoir le renom et nom de révoltez contre leur maistre.
Lorsque Monsieur s’en alla mescontent de la cour, j’en sçay plusieurs qui en firent de mesmes, et ne le
M. DE LA NOUE
voulurent suivre ny courir sa fortune, alléguans tousjours ce vieil dicton, qu’ilz ne vouloient aller contre le rov. Quand il alla aussy en Flandres la première fois contre l’opinion du roy, il y en eut aussy qui l’abandonnèrent et qui ne le voulurent suivre, disans qu’ilz ne vouloient aller contre la volonté du roy ; mais je vous jure que le roy, ny la reyne, ny toute la cour, ne les en estimèrent nullement et n’en firent nul cas, et se mocquoient d’eux : car je sçay bien que la reyne m’en nomma un qui se fit deffendre au roy exprès, dont il en fut bien mocqué et fouetté de belles parolles, à mon advis. J’ay veu fort bien tout cela et en parle comme très-certain, car j’estois de la partie moy-mesmc pour leur donner des fessées; et les appelions les conscientieux if eau douce , et les dévots et religieux réalistes ', et les bons secoureurs de leurs mais très et bienfacteurs en leurs nécessitez.
C’est aussy une vraie follie d’avoir ces sottes scrupules, que d’estre ainsy du tout fidelle au service du roy et si attaché qu’on le préfère à tout autre; car je voudrais bien sçavoir : voylà un pauvre diable qui n’est cognu du roy non plus que le plus estranger de Turquie, qu’il vinst laisser et abandonner son bienfacteur qui l’ayme, le cognoist, pour aller au service du roy qui n’en fera compte : que doit-on dire de luy, sinon que c’est un sot? Aussy à la bataille de Jarnae fut pris un brave et vaillant gentilhomme appellé M. de Corbozon, frère second de M. le comte de Montgommery. Ainsy que Monsieur, nos-