Coulper, reprocher
que le feu rov François fit devant Landrecy : Landrecy ayant esté assiégé par l’empereur fort furieusement d’une très-grande puissance (car il avoit dix-huit mille Espaignols des vieilles bandes, six mille Anglois, selon le concordat entre luv et le roy d’Angleterre, et treize mille chevaux, tant de ses vieilles ordonnances de Naples, des Pays-Bas et des Clévois), le roy résolut de secourir ceux de dedans, qui avoient si bien faict que rien plus, tant à se bien deffendre qu’à bien assaillir. Aussy léans y avoit-il deux bons chefs, le capitaine La Lande et M. d’Essé. Il dresse donc une armée, mais non si forte que celle de l’empereur, et vient à sa barbe avitailler et renforcer sa place; et non sans en advertir l’empereur; car le jour advant, assez près de Landrecy, fit tirer une volée de canon à toute son artillerie, pour faire signal à la ville qu’il n’en estoit pas loing, et leur donner courage. Et, s’approchant le lendemain, envitaille, renforce, faict ce qu’il veut; et puis se met sur sa retraicte, menant l’avant-garde, et laissant sur la queue et l’arrière-garde M. le Dauphin son fils, qui pensant une fois donner hattaille comme il désiroit (car il estoit du tout courageux et homme de main), Sadiete Majesté tourna bride soudain pour secourir : mais il n’en eut grand besoing, car l’empereur, ayant desbandé Ferdinand de Gonzague, son lieutenant général, pour aller après avecques toute sa cavallcrie légère, et quelque harquebuserie espaiguolle, pour les amuser en attendant le gros qu’il menoit, ne fut rien faict, sinon quelque petite escarmouche, où le seigneur d’Andouin, fort favorisé de M. le Dauphin, fut tué, et quelques autres, pour s’es-
DISCOURS
tre adventurez mal à propos, comme un jour je l’ouys conter à M. l’admirai. Nonobstant, le roy se retira parmy les bois à Guyse, ayant faicl ce qu’il avoit voulu fort heureusement, et n’ayant rien perdu. F.t ce fut à l'empereur à se retirer en son eamp, et puis à lever totalement le siège de Landrecy. Pour conclusion, le roy secourut sa ville à la barbe d’un grand empereur, et enfin se dèmesla de battaille, et se retira : ce qui ne fut peu de resputation pour luy, toutes choses bien pensées; et fut estimé, non-seulement des siens, mais des estrangers, qui affirmoient avoir esté la plus belle chose qu’il fit jamais.
En quoy faut noter une chose de ces deux grands princes, en laquelle ilz trompèrent tous ceux de leur armée; car l’un et l’autre publioient parmy leurs gens qu’il/, vouloient donner battaille : le roy, pour dire tout haut qu’il vouloit voir si l’empereur estant en personne seroit aussy heureux en battaiile comme il avoit esté par ses lieulenans à La Bicoque et à Pavye, et que c’esloit chose qu’il avoit le plus souhaicté de l’y voir, et de s’attaquer de sa personne à la sienne, s’ilz se pouvoient rencontrer. De l’autre costé, l’empereur, au partir de Gucldres, avoit faict du brave, et s’estoil vauté qu’il iroit jusques à Paris pour voir ce qu’on y faisoit; mais ny l’un nv l’autre ne firent ce qu’ilz avoient dict. Voyez quelles ostentations de princes qui ne firent que donner dans le vent! Aussy faut-il bien souvent qu’en telles choses ilz bravent plus et fassent peu, tiennent mines bravasches et pleines de vanité : car cela importe, ainsy que j’ay ouy dire à de grandz capitaines, encor que la honte leur tombe sur le front de n’avoir joint leur
effet avec leurs parolles. Mais ces princes et les grandz sont suhjects à boire plus de honte en telles chose que les petits; et ne leur en chaut mais en quelle façon, ou en honneur, ou en déshonneur, ilz parviennent à leurs fins; et qui gaigne est le plus honnoré,
J’ay ouy dire à plusieurs que feu M. le connestahle avoit projette son dessein de la retraicte de Sainct- Quentin du tout sur cest exemple du rov que je viens de dire, s’y voulant du tout conformer : mais il ne la fit pas de nuict, ains de plein jour; qui fut sa perte, si l’on veut croire les grands capitaines, et mesmes M. de Montluc, qui en a très-bien escrit dans son livre', où il tient la maxime que le capitaine qui se retire de nuict n’en est pas pour cela subject à la honte, mais plustost son ennemy, qui, pensant le trouver le lendemain au malin, n’y trouve que la place vuide, et demeure avec autant de nez, et bien trompé. J’ay veu plusieurs en excuser M. le connestable, mettant un grand blasme sur le mareschal de camp qui estoit pour lors, que je ne nommeray point, pour n’avoir jette mille ou douze cens arquebusiers sur quelque passage, qui eussent donné à songer au comte d’Aigucmont, qui n’avoit que de la cavallerie, et mesmes des pistoliers qui craignent l’arquebuserie , que le roy avait refusée par l’opinion de M. le connestable qui les desdaigna fort; mais ce furent eux qui aydèrent beaucoup et servirent à nous battre. Si mondict sieur le connestable sefust gouverné comme le roy François, il