‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 156 sur 251 · En · texte numérisé non relu

En

DISCOURS

doubtoit de quelque traict de son mestier, luy donna licence. Il y va de fort gave humeur, et de faict donna bien rafle de quelques gens, fait quelques légères rapines, si bien pourtant et avec tel esclandre, qu’il mit tout le camp huguenot en allarme, et en armes et à cheval. Il fut enfin poursuivi d’une grosse troupe de François et de reyslres; mais hiv, au lieu de faire une belle tirade et grande cavalcade, s’en alla repaistre et dormir à trois petites lieues du camp seulement, pensant avoir fait un beau coup. Les poursuivons, en ayant eu sitost nouvelles, le pensant aller lancer jusqu’à sept ou huit lieues, en eurent très-bon marché, le trouvèrent et le prindrent dans le lict très-aysément à trois lieues; dont la risée en fut très-grande au camp de l’un et de l’autre. Et quand on lui demandoit ce qu’il pensoit faire, il respondoit seulement : « Je pensois faire ce « que j’ay faict, et ne pensois pas qu’on me deust « suivre plus loing qu’à une lieue de là , m’es- « tant approché si près d’eux. » Si vous asseurè-je pourtant que despuis il s’est rendu vaillant et bon homme de guerre, car il en est de race. Voilà une belle relirade, ou, pour mieux dire, coyonade ou caguade 1 .

Or, si nous louons les grandes armées et conduc- ' teurs d’icelles pour leurs retraictes en un grand bloc général, nous en avons aussy aucuns particuliers, c’est-à dire en petite troupe. Et commançons à une poignée de sept à huict cens Espaignols, qui se sauvèrent de la battaille de Ravenne, lesquelz, après

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