Fiollans, bravaches
vu — 19
DISCOURS
pour reposer et repaistre, laisse quelque chétif corps de garde, pensant les attraper le lendemain. Nonobstant ilz sortent, combattent, faussent le corps de garde qui s’estoit mis au devant d’eux, marchent toute la nuict. Le lendemain au jour rencontrent aucuns paysans assemblez avec leur tocsin, les raflent, comme un foudre et orage rafle un champ de bled. Enfin, après avoir bien eu trente allarmes et rencon très, se retirent, et arrivent à Orléans tous sains et sauves, fors trois qui demeurèrent tuez; et racontant leur fortune à M. le Prince, à MM. l’Admiral et d’Andelot, leur couronnel, les ravirent, et un chascun qui les ouyt, en une merveilleuse admiration de leur fortune, et de leur vaillance, et de leur relraicte.
Ainsy sauvez, ilz furent par après si bien venus, traictez et resjjectez, que j’ay ouy dire à feu M. de Téligny qu’un jour le bandon estant faict de ne toucher plus à la démolition de l'église de Saincte- Croix 1 , qui est un oeuvre très-admirable, ainsy que M. d’Andelot passoit devant et en ouyt le bruit, il entra dedans et y trouva trois soldats faisans encor ravage, et, de colère, leur remonstra la deffense qui en avoit esté faicte, et qu’ilz seroient tous pendus. Ainsy que le bourreau fut venu pour l’exécution, il y en eut deux des trois qui dirent : « Monsieur, sau- « vez-nous la vie. Nous sommes des cinquante sol- « dats de Metz qui vous sommes venus trouver, et i( avons si bien faict et tant pâty et combattu pour « l’amour de vous. » M. d’Andelot dist aussytost :
« Estes-vous de ceux-là? la vie vous est sauve. » Et