A Orléans
le tiers, qui n’en estoit pas, fut pendu pour donner exemple.
Voylà une retraicte belle celle là, et de grand hazard et de grand’peine, veu le petit nombre de gens qu’ilz estoient, et tous compaignons ensemble sans avoir aucun qui leur commandait, sinon un caporal que d’eux-mesmes ilz eslurent.
Dernièrement en ceste guerre de la ligue que le baron Dona vint en France* avec ceste grosse armée composée de cinquante mille estrangiers, tant Allemandz que Suisses et autres, plus qu’il y a longtemps que pour un coup entra en France, et quelques François parmy eux, tous menaçant, plus que ne fit jamais Rodomont quand il passa de la Barbarie vers nous, de la destruire et ruyner de fonds en comble, comme il parut à son commencement par les grandz feux qu’il alluma en la Lorraine et Bourgogne ; si s’en fallut-il beaucoup de son espérance et furieuses menaces; car ce vaillant M. de Guyse, luy faisant maintenant teste, maintenant le costoyant, le mena si beau et par tant de fatigues qu’il luy donna, et par les combatz, comme auprès de Montargis et Auneau, que tout ce grand peuple qu’il avoit conduit fut réduit à rien; et fut contraint, avec MM. de Bouillon et de La Marche, frères, de composer avec le roy, et tirer vers leur pays avec une composition telle qu’elle. J’ay veu un homme qui estoit alors avec M. de La Noue. Il les vit arriver avec cinq cens chevaux seulement à Genesve, bien maUotreux*, du reste de leur naufrage.
t. En 1387. — 2. MaUotreux , misérables.
DISCOURS
Or, M. de Chastillon, filz de ce grand admirai, et qui commençoit déjà à le suivre de près en ses valeurs et vertus, si par trop tost il ne fust esté prévenu de sa mort naturelle, qui pourtant fut advancée d’un coup qu’il avoit receu au siège de Chartres, ne voulut jamais signer cette composition : tant s’en faut, qu’il répugna et contredit tout ce qu’il peut, jusqu’à leur faire de grandz affronts et reproches d’honneur, à ce que j’ay ouy dire à ceux de leur partv. 11 se résolut de les laisser jouyr à pleine joye de leur composition, et la solemniser par beaux festins et carroux dans le camp du roy, et luy prend quelques cens chevaux des siens qu’il avoit menez du Languedoc, et autant d’harquebusiers, et se met sur sa retraicte, et tire chemin sur le passage de Loyre, et advise gaigner d’où il esloit party, nonobstant qu’il fust poursuivi et couru à force, car on luy en vouloit à cause du père. M. de Mandelot', gouverneur de Lyon, se trouve à l’audevant, et l’assaut. M. de Chastillon le soutient, et combat si vaillamment que la perte va plus grande du costé de Mandelot que du sien, passe la rivière et se conduit là où il vouloit, après avoir battu les fanges et combattu le mauvais temps l’espace de dix ou quinze jours.
Certes, j’ay ouy parler à de grandz capitaines que ceste retirade est des plus signalées, et qu’il paroissoit bien qu’il avoit estudié la vie de M. l’admirai son père; lequel, en tant de battailles qu’il a données en nos guerres civiles, et perdues quant et quant, en a fait ses retraictes si belles et si signalées, et mesmes
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