François-Ferdinand d’Avalos, marquis de Pescaire, mort
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les Italiens leur firent la honte toute entière à ceste expédition de la Gollette; car, estans ressarrez dans un fort tout auprès, qui avoit esté fait à la haste, et commandez par Pagan Dorio et Gabrio Cervellon, et eux pouvant estre de cinq à six mille, tindrent bon, longtemps après la Gollette prise, et combatirent très bien, et y acquirent un grand honneur, ainsi que monseigneur de Savoye nous conta , et que ce seul coup les pouvoit advantager sur les Espaignolz et non jamais d’autres. Cela disoit-il fort à la gloire desdictz Espaignolz; disant et affermant que les Italiens ne les avoient jamais surpassez que ce coup; mais ouy bien les Espaignolz, les Italiens en mill’ endroitz.
Sur quoy il nous fit un conte qu’il tenoit d’aucuns vieux capitaines, que, lorsqu’il fallut à Anthoyne de Lève de s’aller jetter dans Pavie, que le roy François I er alloit assiéger, il demanda surtout à M. de Bourbon, à Charles de L’Aunoy et au marquis de Pescaire, que sa garnison fust complette et parfaite du tout des bandes espaignolles; mais on ne luy octroya que quatre cens Espaignolz, et le reste Tudesques et Italiens; et mesmes les capitaines et soldatz espaignolz luy reffusarent à plat qu’ilz n’y iroient point, encor qu’il fust fort aymé etcogneu d’eux; car, disoient-ilz, que las companias espanolas en ninguna manera devian repartir par guardias de ciudad ; si no, que devian ser adjuntadas en un cuerpo de orden invencible, gar dadas por las cosas inciertas, difficiles y escabrosas de la guerra. « Que les compaignies espaignolles en nulle façon ne dévoient se despartir ny desjoindre pour la garde d’une ville, mais qu’elles
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devraient estre tousjours joinctes ensemble en un corps d’un ordre invincible, grand et d’estime, pour remédier tout à coup aux causes incertaines, difficûlteuses et escalabreuses de la guerre. »
C’est bien se louer cela; mais aussi ilz avoienl raison ; car, tant que ce corps de soldatz espaignolz a esté bien ferme, sollide et bien joinct ensemble, ilz s’en sont bien faitz acroire; et mesmes ceste fois là, car ilz furent le principal gain de la bataille de Pavie, conduictz par leur brave marquis de Pescayre. Aussi, lorsqu’il eut fait rompre le parc, et qu’ilz commençarent à parrestre dans le champ de bataille, ilz commençarent tous à crier : Aqui esta el marques con sus Espanoles. « Icy est le marquis avec ses Espaignolz. »
Aussi eux et luy se raportoient si bien ensemble en toutes façons, que jamais ilz n’ont esté batuz ensemble, tant leurs créances des uns et des autres se correspondoient; si bien qu’ilz ne se contredisoient en rien quand falloit quelque chose de beau. Si que souvant , estans près à se mutiner pour leurs payes, aussitost qu’il les avoit arraisonnez le moings du monde ilz éstoient aussitost gaignez : mesmes qu’un jour, les voulant mener à une entreprise en l’estai de Milan contre nous, et aucuns se mutinant, el demandans deux payes avecques les Tudesques qui en demandoient de mesmes, M. le marquis ne leur ayant dit que ce seul mot : qu’il ne s’attandoit nullement d’eux ny de leur brave courage, aucun reffus mesmes, non pas seulement qtara hazer trernar la ltalia y lu Francia, mas para paner leyes : « non seulement pour faire trembler l’Italie et la France,
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mais pour leur imposer loix ; » soudain tous d’une voix se meirent à crier : Vamos, vamos adonde quisierèdes; que /os soldados espanoles no van a la guerra comme obreros , segun el uso de los soldados mercenarios, sino a ganar gloria, triumphos , victorias y réputation. « Allons, allons où vous voudrez; que les soldatz espaignolz ne vont point à la guerre comme manouvriers et selon l’usance des soldatz mercenaires, mais pour gaigner gloires, triumphes, victoires et réputation.»
Parlons un peu d'aucuns particuliers.
Je vis à la court de Madric un brave soldat qui avoit une très belle façon. Il estoit Gascon, mais fort espaignollisé, et nourry de longue main parmy les bandes espaignolles, et s’estoit desbandé de sa eompaignée pour quelques affaires qu’il avoit à la court, ce me disoit-il : et, le voyant ordinairement se pourmener dans la court et parmy la ville sans espée, je luy demandis pourquoy il ne portoit point d’espée, luv qui estoit soldat. Il me respondit en espaignol : Seiior, yo tengo rnicdo de ta justïcia , parque mi espada esta tan carnicera , qu'a cada passo me daria priessa de sacarla fuera; y, sacada una vez, no baria otra cosa que carne y sangre. « Monsieur, j’ay peur de la justice, d’autant que mon espée est tant carnassière qu’à chaque pas elle me presseroit de la tirer, et estant une fois tirée, elle 11e fairoit autre chose que chair et sang. »
Celluy là n’est pas mauvais, et l’espée encor plus mauvaise.
Aux premières guerres civilles, que nous tenions Orléans assiégé, un jour que nous passions par le
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Cartier des Espaignolz ', M. de Maisonfleur, quiestoit un fort gallant et gentil cavailler, et moy, nous vismes un soldat espaignol qui avoit un débat avec une paouvre femme revauderesse d’harans, et y avoit plus de crieries entre luy et elle, que vous eussiez dit qu’il estoit question d’une grand’ somme : enfin, c’estoit pour deux liarans blancs, si bien qu’il vouloit fraper la paouvre femme. Maisonfleur, se voulant faire de feste, s’advança pour luy en dire un mot de remontrance. Luy, regardant dédaigneusement Maisonfleur, ne luy dist «autre chose, sinon : Pues, quien sois , vos que hablays ' ? Maisonfleur, qui parloit fort bon espaignol, respondit : Yo soy capitan ’. L’autre luy répliqua, après avoir songé un peu en soy et regardé en terre : Plies, vayase a toclos los s. diablos con sus capitanerias, y no me digais nada et passe oullre. Maisonfleur demeure estonné, et non '^pourtant sans en faire collère face, mais riante ; car 5 ^?poy je luy dis aussitost : « Par Dieu ! il la vous a donné belle, et vous a faict vostre compte preste- ,y « ment en trois jettons. Il n’a pas fait grand cas de « vostre quallité. Aussi estiez-vous bien à loysir 4 5 de « vouloir, vous François, entreprendre de corriger « un soldat espaignol en son Cartier ! »
Je vis une fois à Crémonne un soldat espaignol de fort belle façon, qui ne portoit point d’espée par la
4 . 11 y avait dans l’armée royale un corps de troupes espagnoles qui avait combattu à Dreux.
2. Qui êtes-vous donc, vous qui parlez ? — 3. Je suis capitaine.
4. Eli! bien, allez à tous les diables avec vos capitaineries, et ne me dites rien.