SUR LA REYNE ANNE DE RRETAGNE J
Puisqu’il me faut parler des dames, je ne veux m’amuser aux anciennes, dont les histoires sont
1. Dans le catalogue de ses écrits (voy. t. I, p. 2), c’est sous le simple titre de Recueil des Dames que Brantôme a désigné les deux ouvrages intitulés par les éditeurs anciens et modernes : Vies des Dames illustres ; Dames galantes, et qui ont été publiés pour la première fois en 1665. Nous leur avons conservé le titre que Brantôme leur avait donné. 11 n’en existe plus, à notre connaissance du moins, aucun manuscrit original ; mais les copies en sont fort nombreuses, et, comme nous l’avons fait précédemment, nous avons adopté celle qui est conservée dans la collection Dupuy et qui nous semble avoir servi de type aux autres. Elle présente un certain nombre de changements que Dupuy a faits de son chef et qui avaient pour but de rendre le texte plus clair ou plus correct. Nous n’avons guère tenu compte que de ceux qui nous ont paru motivés par une erreur de copiste.
2. Anne de Bretagne, fille de François II, duc de Bretagne, et
DES DAMES
toutes pleines : et ne seroit qu’en chaffourer le papier en vain ; car il y en a assez d’escrit, et mesmes ce grand Boccace en a faict un beau livre à part 1 . Je me contenteray donc d'en escrire d’aucunes particulières, et principalement des nostres de noslre France, et de celles de nostre temps ou de nos pères qui nous en ont peu raconter.
Je commenceray donc par nostre reyne Anne de Bretagne, la plus digne et honorable reyne qui ait esté depuis la reyne Blanche, mère du roy sainct Louis, et si sage et si vertueuse, jusques à son règne.
Geste reyne Anne donc fut riche héritière de la duché de Bretagne, qu’on tient une des belles de la chresticnté, et pour ce fut fort recherchée des plus grandz. M. le duc d’Orléans, qui depuis fut le roy Louis XII*, en ses jeunes ans la rechercha fort, et pour elle fit de beaux faietz «l’armes en Bretagne, et mesmes en la bataille de Sainct-Aubin, où il fut pris combattant à pied à la teste de son infanterie. J’ay ouy dire que cesle prise fut cause qu’d ne l’espousa alors; sur laquelle entrevint * Maximilian, duc d’Austriche, depuis empereur, qui l’espousa par les mains
de Françoise de Foix, née au château de Nantes le 26 janvier 1476. Elle avait douze ans quand son père mourut en octobre 1488. Elle épousa 1° Charles VIH le 6 décembre 1\91, 2° Louis XII le 8 janvier 1499, et mourut le 9 janvier 1514. — L’ouvrage le plus complet que l’on ait sur cette princesse est sa Vie publiée par M. Le Roux de Lincy, 1861, 4 vol. petit in-8°.
1 . C'est le traité De Claris mulicribus dont la première édition est de 1473, in-fol., goth.