‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 168 sur 251 · Entretint, intervint · texte numérisé non relu

Entretint, intervint

ANNE DE BRETAGNE

de son oncle le prince d'Orange', dans la grand' église de Nantes ; mais le roy Charles VIH' aiant advisé avec son conseil qu’il n’estoit pas bon d’avoir un si puissant seigneur ancré et empiété dans son royaume, rompit le mariage qui s’estoit faict entre lui et Marguerite de Flandres; et osta ladicte Anne à Maximilian son compromis, et l’espousa; de sorte qu’aucuns* ont conjecturé là-dessus que leur mariage de l’un et l’autre, ainsi noué et desnoué, fut malheureux en lignée.

Or, si elle a esté désirée pour ses biens, elle l’a esté autant pour ses vertus et mérites; car elle estoit belle et agréable, ainsi que j’ay ouy dire aux anciens qui l’ont veue, et selon son portraict, que j’ay veu au vif; et resembloit en visage à la belle damoiselle de Chasteauneuf', qui a esté à la court tant renommée en beauté ; et cela suffise pour dire sa beauté, ainsi que je l’ay veue figurer à la reyne mère.

Sa taille estoit belle et médiocre. Il est vray qu’elle avoit un pied plus court que l’autre, le moins du monde, car on s’en appercevoit peu, et malaisément le cognoissoit-on; dont pour cela sa beauté n’en estoit point gastée; car j’ay veu beaucoup de trèsbelles femmes avoir ceste légière deffectuosité, qui estoient extresmes en beauté, comme madame la princesse de Condé‘, de la maison de Longueville.

1 . Jean de Chaton, prince d'Orange. Le mariage eut lieu en 1490.

2. Aucuns , c’est-à-dire Comraines. Voyez scs Mémoires, liv. VII,

ch. îv. *

Page 1