‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeille, seigneur de Brantome publièes d'après les manuscrits avec variantes et fragments inédits pour la Sociètè de l'histoire de FranceChapitre 170 sur 251 · De, par. — 3. En lt · texte numérisé non relu

De, par. — 3. En lt

ANNE DE BRETAGNE

La reyne, despitée de ce traiet, ne ehanma pas sur sa vengeance, et l’aiant bien couvée, le faiet chasser de la court. Ce fut lors que le dit mareselial, aiant achevé de faire ceste belle maison du Verger', et s’y retirant, dict qu’à bonne heure la pluye l’avoit pris pour se mettre si à propos à couvert soubz ceste belle maison qui ne venoit que d’estre faicte. Ce ne fut pas tout que ce bannissement de court; mais par des grandes recherches qu’elle fit faire partout où il avoit commandé, il fut trouvé qu’il avoit faict des fautes et concussions et pillcries (ainsi qu’aucuns gouverneurs y sont sujets); si bien que lui, aiant récusé aucunes courtz de parlement, il eut celui de Toulouze, où son procès avoit esté renvoié et évoqué pour ces raisons, et aussi que ceste cour de longtemps a esté fort justiciable’, et point corrompue. Là, son procès veu, fut convaincu ; mais la reyne ne voulut pas sa mort, d’autant, disoit-elle, que la mort est le vray remède de tous maux et douleurs et qu’estant mort, il seroit trop heureux; mais elle voulut qu’il vescut bas et ravalé ainsi qu’il avoit esté paravant grand, afin que, par sa fortune changée de grande et haute où il s’estoit veu, en un misérable estât bas, il vescust en marrissons, douleurs et tristesses, qui lui feroient plus de mal cent fois que la mort mesmes; car la mort ne lui dureroit qu’un jour, voire qu’une heure, et ses langueurs qu’il auroit le feroient mourir tous les jours.

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