En Anjou
2. Justiciable, pratiquant la justice. Le mot a été biffé dans le manuscrit par Dupuy et remplacé par ceux-ci : juste et équitable, qui depuis ont été adoptés dans les autres manuscriis et dans les éditions.
DBS DAMES.
Voilà la vengeance de cesle brave reyne. Elle fut un jour fort marrie contre M. d’Orléans, de telle façon qu’elle ne s’en peut appaiser de longtemps, d’autant que la mort de M. le Dauphin son filz estant survenue 1 , le roy Charles son mary et elle en furent si désolez, que les médecins, craignans la débilité et foible habitude* du roy, eurent peur que telle douleur pût porter préjudice à sa santé; dont ils conseillarent au roy de se resjouir, et aux princes de la court d’inventer quelques nouveaux passe-temps, jeux, dances et momeries, pour donner du plaisir au roy et à la reyne : ce qu’aiant entrepris, M. d’Orléans fit au chasteau d’Amboise une masquarade avec une dance, où il fit tant du fou, et y dança si gayement, ainsi qu’il se dit et se list*, que la reyne, cuydant qu’il démenast telle allégresse pour se voir plus près d’estre roy de France, voyant M. le Dauphin mort, luy en voulut un mal extrême, et lui en fit une telle mine, qu’il fallut qu’il s’ostast d’Amboise où estoit la court, et s’en allast à son chasteau de Blois. On ne peut objecter rien à cette reyne, sinon ce seul sy de vengeance, si la vengeance est un sy, puisqu’elle est si belle et si douce ; mais d'ailleurs elle avoit des parties très-louables.
Quand le roy son mary alla au royaume de Naples, et tant qu’il y fut, elle sceut très-bien gouverner le royaume de France avec ceux que lui avoit
1 . Le dauphin Charles-Orland mourut dans sa quatrième annéé, le 6 décembre 1 VJ5.